
{Derrière le rideau de fer, les jeunes Tchécoslovaques aussi voulaient ressembler à John Lennon. Mais le régime communiste ne goûta pas cette mode des cheveux longs.}En Tchécoslovaquie, la seconde moitié des années 1960 fut le temps de la rébellion. Des jeunes,- qui n'avaient connu d'autre régime que communiste, voulurent à tout prix se distinguer de la génération précédente, marquée par la guerre. Dès 1965, le rock débarque clandestinement les Beatles et les Rolling Stones en tête et fait valser les codes de la mode, transformant le visage et le quotidien du système communiste. On voulait lire d'autres livres, écouter une autre musique, s'habiller et porter une autre coiffure. Vivre autrement, en somme.Les garçons jettent alors leurs bons vieux pantalons en Tergal et leurs ciseaux pour enfiler des jeans et se laisser pousser les cheveux, tandis que les filles optent pour des minijupes affriolantes : « Les jeunes essayaient à la fois d'échapper à l'étroite surveillance du pouvoir, à la très dogmatique institution scolaire et à la scrupuleuse association de la jeunesse communiste », explique l'historien slovaque Jozef atkuliak.« Mesures hygiéniques d'urgence »Certains portaient les cheveux jusqu'aux épaules pour signifier une révolte générationnelle, d'autres pour affronter le régime droit dans les yeux, d'autres encore simplement pour se libérer de la tyrannie de l'uniformité « Le mouvement était très disparate. Il n'y avait ni leaders ni idéologie », souligne l'historien Petr Blaek, coauteur de « {Rendez-nous nos cheveux !} ».Mais le régime ne resta pas indifférent à cette forme de contestation. « {Les services de police arrêtaient de temps à autre quelques chevelus. Et, prétextant des mesures hygiéniques d'urgence, leur coupaient les cheveux de force. À Bratislava, entre le 1er et le 3 septembre 1966, 142 personnes furent ainsi arrêtées parce que leur apparence soulevait l'indignation} », rapporte Jaroslav Paout dans son livre « {Aux puissants} », sur les mouvements de jeunes des années 1960.Cela faisait un moment déjà que le régime salivait à l'idée de persécuter ces individus « inadaptés » : le magazine « {Le porc-épic} », voix de la satire communiste, publiait des blagues sur les chevelus, Rudé právo et « {Le cerf-volant slovaque} » exhortaient à l'éducation morale de la jeunesse. Quand, en août 1966, les chevelus slovaques commencèrent à parader devant le Théâtre national de Bratislava, au moment même les babas tchèques « vinrent enfreindre le code de l'hygiène » et « contaminer l'atmosphère » sur la place Venceslas à Prague, le Parti était fin prêt à donner l'assaut contre ces « jeunes ostensiblement indécents ». « Une opération gigantesque a commencé. Outre les opérations de police, on placarda des communiqués informant la population que les hommes aux cheveux longs ne pouvaient plus entrer dans les restaurants ou aller au cinéma, ni se faire délivrer des visas de sortie du territoire », rappelle Blaek.Si vous aviez les cheveux longs sur vos documents d'identité et pas dans la réalité, vous aviez un problème avec la loi, car vous ne ressembliez pas à la photographie. Et si vous aviez les cheveux longs dans la réalité, votre problème était d'autant plus sérieux : votre directeur d'école vous envoyait chez le coiffeur, vos collègues vous tondaient souvent de force, et le système communiste vous considérait comme un élément subversif. En Slovaquie, 4 000 chevelus furent ainsi persécutés par les uns et les autres, et 1 152 d'entre eux atterrirent au poste de police.La réaction ne se fit pas attendre. Mais une manifestation organisée mi-septembre 1966, avec des slogans comme « Rendez-nous nos cheveux ! » ou « Finis les coiffeurs ! », ne suffit pas à changer la donne. Le régime prit rapidement le contrôle et, de gré ou de force, les jeunes finirent par se couper les cheveux. « Mais ils ont vite repoussé et le printemps de Prague a commencé. Les chevelus ont enfin connu la liberté », ironise Blaek. On écoutait alors Radio-Luxembourg, porte ouverte sur le hit-parade qui, selon atkuliak, donna un nouvel élan dans la jeunesse. « C'était une expression de liberté individuelle, et il convient de souligner l'importance des jeunes lors du printemps de 1968 », estime l'historien. Mais l'association des jeunes socialistes poursuivait sa campagne de dénigrement : « Si t'as les cheveux longs, t'es pas des nôtres. »{Ce texte est paru dans le Hospodárske Noviny du 13 août 2010. Il a été traduit par Morgan Corven.}L'intégralité de cet article est à lire dans le {Books} de mai 2011, dont le grand dossier est consacré au végétarisme.