Le piratage de livres au XIXème siècle : mais que faisait Hadopi ?

09/02/2010 - 13h15
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Le piratage de livres au XIXème siècle : mais que faisait Hadopi ?

 

En lisant la passionnante "Enquête sur Edgar Allan Poe" de George Walter (rééditée récemment en poche), je suis retombé dans le premier tiers du livre sur l'histoire des publications littéraires dans le XIXème naissant. L'auteur raconte assez longuement comment entre 1810 et 1891, date de ce qu'on appelle l'International Copyright Act, les écrivains britanniques et leurs maisons d'édition étaient victimes d'une action de piratage de grande ampleur par l'édition américaine.

 

A cette époque qui paraît lointaine, la littérature américaine n'a pas vraiment démarré (les mark twain, Washington Irving, edgar allan poe passeront plus tard) et est étouffée dans le berceau par les contrefaçons et reproductions illégales d'oeuvres importées d'Angleterre. L'auteur décrit un système bien au point qui consistait pour les éditeurs US à aller acheter des copies (voire à voler les épreuves) des ouvrages à succès anglais (Dickens et autres), à les ramener le plus vite possible (par bateaux, steamers, chalutiers, trimarans multicoques, et autres sousmarins nucléaires) jusqu'aux Etats-Unis pour inonder le marché de copies illégales qui étaient vendues immédiatement sans aucun égard (ni sous, ça va sans dire) pour l'écrivain original et pour sa maison d'édition.

 

Edgar Allan Poe, entre autres misères, et ses confrères américains avaient à cette époque des difficultés immenses à intéresser les éditeurs de leur pays qui se sucraient avec la plus grande facilité et dans la plus grande impunité avec les bestsellers anglais piratés. Cette situation contribua activement à étouffer la production américaine de la première moitié du XIXème siècle et contraignit les écrivains américains à la misère comme Poe ou à se trouver des positions d'attente ou de compensation dans l'administration, la diplomatie ou le journalisme, pour ceux qui n'avaient pas la chance d'être rentiers.

 

En 1891, l'Internation Copyright Act posa les bases d'un système de publication légale qui n'existait pas aux Etats-Unis et qui protégeait notamment les droits des auteurs étrangers republiés sur le territoire américain. A l'époque, un type comme Mark Twain s'était préenregistré au Canada pour disposer d'une protection que son pays ne lui offrait pas. Par la suite, tous les actes d'enregistrement furent centralisés (si j'ai bien compris) sur Washington, les maisons d'édition anglaise utilisant des citoyens américains pour enregistrer les droits de leurs auteurs.

 

Avec le recul et au regard de l'actualité d'aujourd'hui, ce farwest du droit d'auteurs présente un intérêt tout particulier. Il montre que contrairement à ce qu'on veut nous faire savoir, ce n'est pas en soi la modernité, ni l'apparition des nouvelles technologies qui inaugure la danse des pirates. Elle lui a juste donné un petit coup de jeune (lire l'article sur le piratage avant le haut débit). D'une certaine façon, la période 1820-1890 démontre avec quelques-uns des plus grands noms de la littérature américaine que la littérature, comme souvent, est capable de survivre à à peu près tous les outrages. Les écrivains se débrouillent, quitte pour certains à mourir un peu plus tôt et à en devenir des héros ou des poètes maudits.

 

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