Le livre ou le film (4) : Wanted

01/08/2008 - 11h37
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Le livre ou le film (4) : Wanted

 

Des multiples adaptations de comics qui sortent ou sont sorties ces dernières/prochaines semaines (The Dark Knight, Hulk, Wanted, Hellboy), Wanted se situe un petit cran devant Hulk mais derrière toutes les autres. Le film du Kazakh Timur Bekmambetov, s'il constitue un film d'action mainstream tout à fait acceptable, ne peut être considéré que comme un cousin très éloigné de la BD dont il est adapté. Alors que la saga de Mark Millar et JG Jones constituait (c'est l'un des chevaux de bataille de Millar au scénario) un travail de critique politique assez ambitieux et flirtant avec les théories du complot, la dénonciation d'une certaine société (capitaliste, etc), le film se situe complètement en retrait, mélangeant deux lignes narratrices assez stupides : la formation/initiation d'un jeune cadre loser façon Fight Club inversé-Star Wars-Matrix-Karaté Kid et une sorte d'intrigue gloubiboulga à base de métier à tisser (le Destin), de balles courbes, etc.

 

Malgré le renfort apprécié de Morgan Freeman (beaucoup plus intéressant dans The Dark Knight en Lucius Fox) et d' Angelina Jolie (on préfère sa version comics), le film se traîne loin, loin derrière le bouquin. Car ce qui faisait le sel de Wanted, c'était non seulement cette sorte de Ligue des Assassins (vue aussi chez Terry Pratchett, sur le mode rigolo) mais surtout l'amoralisme et l'extrême violence dans lequel sombrait le héros. Ici, Wesley Gibson est franchement timide et pâlot. Aucune trace du Eminem-like qui servait de personnage souche à Millar et Jones. La découverte progressive de ses dons est utilisée comme s'il s'agissait d'un simple cours de développement psychologique destiné à lui faire prendre confiance en lui. La BD faisait de la phase de transformation de Wesley une phase de transformation morale plus qu'une transformation comportementale : c'est sûrement la principale erreur du film.

 

 

 

Sur le plan du traitement graphique, Wanted propose ni plus ni moins qu'une lecture moderniste de la BD, alors que le trait de JG Jones était plus noir et contrasté. On est chez Bekmambetov dans une esthétique tout ce qu'il y a de plus standard aujourd'hui qui se caractérise par une vitesse d'exécution, un rapport du clair et de l'obscur plus motivé par la nécessité de dissimuler les effets spéciaux et les écrans verts que par un réel souci esthétique. En faisant de Fox un gentil méchant puis un méchant tout court, le scénario appauvrit également sa figure paternelle et son propre rapport à ses activités. La Fraternité qui faisait le charme du livre devient un club d'athlètes du vendredi soir, entre le Men's Club, le Club de bridge et l'association de freaks. La réunion des tueurs ne prend pas et leur direction par un Freeman en costard sévère ne tient pas plus la distance. Le pompom est décroché avec la mise en avant excessive du gimmick des balles courbes comme pivot visuel du film (le bullet time de Matrix...courbe) et comme synthèse ultime et unique du pouvoir des membres de la Fraternité.

 

En résumant le savoir-faire des Assassins à ce seul artifice (le reste n'est que précipitation, coups de pied de côté, kung-fu et conneries déjà vues), le film se prive d'une véritable intensité dramatique. Entre film et livre donc, on ne retiendra à l'avantage du premier qu'une jolie scène finale et une reprise quasi à l'identique (et plutôt réussie) de la rupture du "quatrième mur", soit lorsque le personnage principal s'adresse à nous directement, pour nous traiter plus ou moins de losers conformistes.

 

 

 

Si Wanted le film ne marche pas fort, c'est paradoxalement parce que le cinéma a encore peine à faire du sérieux et pas du action movie pur et mou avec des graphic novels. Le syndrome Ligue des gentlemen extraordinaires fonctionne toujours à plein régime, à quelques exceptions près (le beau Hulk de Ang Lee, le Dark Knight, sur lequel on revient, Sin City peut-être), il y a une malédiction du septième art, art sérieux et tragique s'il en est, à faire de la densité avec un art (le huitième) pourtant considéré comme une affaire d'ados débiles un peu partout ici. Le cinéma prend-il la BD au sérieux ? Pas si sûr. La prise en main par Marvel de ses propres intérêts dans ce domaine devrait donner une indication sur ce qui nous attend en matière d'adaptations de comics dans les prochaines années : de Thor, à Captain America en passant par les Vengeurs, on s'attend tout de même à bien mieux que ce qu'on a vu jusqu'ici (Iron Man compris).

 

 

 

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