
Une fois n'est pas coutume, j'ai envie d'incruster la bonne bouille de Pete Doherty dans la section Mille feuilles plutôt qu'en Playlist. Doherty a livré au Guardian quelques pages de son Journal de Pentonville, la célèbre prison anglaise dans laquelle il purgeait un entre-deux peines avant son jugement pour possession multiple et consommation de stupéfiants. Si Doherty se retrouve dans la section littéraire pour une fois, c'est non seulement parce que la dimension tragique de son personnage suffirait à l'y qualifier, mais parce que ces quelques lignes sont d'une grande tenue littéraire. J'ai relevé notamment cette phrase : "It has never been about depravity. It's always been about melody. But melody and I met in many depraved situations. Meeting melody is the victory of the empty spiralling nightmare", qui, en VO, sonne vraiment comme un petit poème en prose.Le journal de Doherty ne suffit pas évidemment à en faire un écrivain, ni à faire de ces quelques mots un texte important sur l'enfermement. Doherty n'est pas Lacenaire, Wilde, n'est pas Genet, mais n'est pas non plus Le Floch-Prigent ou ces types qui chez nous racontent leur vie en prison comme des touristes ou des déportés. Il y a bien sûr de la poésie dans les textes de chansons mais ce n'est pas la même chose qu'ici. La "littérature de prisonnier" est un genre littéraire en soi qui sombre vite dans le ridicule ou le complaisant.
Par Benjamin Berton