Le désastre Jonah Hex : le livre ou le film ? (16)

06/01/2011 - 12h05
Le désastre Jonah Hex : le livre ou le film ? (16)

 

 

 

Après la tonitruante victoire de Scott Pilgrim vs. the World le film sur la bande dessinée, le 9ème art a l'occasion de se refaire avec l'affreux Jonah Hex, le cowboy sécessionniste venu du Sud à la tronche abîmée. Et évidemment, ce qui devait arriver arriva.

 

Le film est un nanar de la pire espèce. Animé par la jolie et toujours vamp Megan Fox, le film est une catastrophe industrielle, sorti aux Etats-Unis en juin 2010 et qui pour le moment affiche un solde débiteur de 37 millions de dollars (47 de budget pour 10 de recettes, aïe aïe aïe). Autant le dire d'emblée, il s'agit bien d'un combat de poids légers. La BD de DC Comics dont est tiré le personnage principal, Jonah Hex, une sorte de Lucky Luke ravagé hardcore, en rupture de ban avec la société, n'est pas un pilier du DCverse, même s'il a presque 40 ans d'âge depuis sa création par John Albano et Tony De Zuniga. Depuis 2005, c'est essentiellement Jimmy Palmiotti et Justin Gray qui ont aidé à la reconstruction du mythe. Longtemps entravé par le Comics Code, le personnage de Jonah Hex est devenu un type assez passionnant en bande dessinée : alcoolique, ultraviolent, parlant aux cadavres, sanguinaire, traumatisé par la trahison supposée de ses frères d'armes, alors qu'il avait toujours cru garder une ligne éthique. Jonah Hex est de surcroît d'une laideur affolante, son look constituant par ailleurs une difficulté majeure pour l'adaptation au cinéma.

 

Des intrigues qui font la texture de Jonah Hex, la réalisation de Jimmy Hayward a retenu la plus grande partie. S'agissant d'un lancement cinématographique, il était nécessaire de consacrer une bonne partie du film aux origines du personnage, ce qui a été assez bien réalisé ici, à partir d'une série de flash-backs qui constituent les (presque) meilleures séquences du long métrage. Pour le reste, le réalisateur fait la part belle à l'opposition entre Hex et Turnbull, incarnés respectivement par Josh Brolin (et son maquillage misérable en plastique lippu) et John Malkovitch, dans une performance dont il a le secret (ridicule, pour l'argent ?). Pour le reste, et c'est bien dommage, Megan Fox est complètement négligée et ne sert pas à grand chose si ce n'est à sauver les meubles à la fin.

 

L'histoire du film repose sur un parallèle entre les activités de Turnbull et les cellules terroristes, celui-ci projetant (ce qu'il fera à petite échelle) de détruire une ville américaine à l'aide d'une arme surpuissante. Le scénario est globalement assez inepte mais ce n'est pas un reproche qu'on peut faire à un film de ce genre. Ce qui ne fonctionne pas ici, c'est toute la dynamique du film, l'alternance des séquences majoritairement rapides et explosives. Les seules scènes de "comédie" ou d'émotion apparaissent plaquées artificiellement sur le motif principal (boum boum) et sont jouées sans aucune conviction car charcutées par le montage. A l'écran, Jonah Hex ressemble à un philosophe existentialiste en train de donner un cours sur le suicide coincé entre deux strip-teaseuses la poitrine à l'air. Son discours nous gâche le plaisir des nanas à poil tandis que les strip-teaseuses ruinent ses effets. Dans le comics tel qu'il se présente aujourd'hui, Palmiotti et Gray ont réussi à ménager au cow-boy (voire Lucky Luke, ça marche aussi) des longues plages réflexives qui sont détruites systématiquement au cinéma. C'est lors de ces instants de recueillement, de chevauchées, de ces aplats de lenteur que Jonah Hex gagnait ses galons de mythe BD. Ici (et c'est le seul crédit qu'on donnera au film), il n'y a guère que les séquences où Jonah Hex (c'est son pouvoir) parle aux cadavres qui apportent un vrai plus visuel à ce qu'on imaginait. Les quelques scènes où il s'exerce à cela (et surtout la première) sont réellement bien foutues et glaçantes. Dommage que le film ne se soit pas engouffré dans cette voie là plus nettement. Avec un peu de bonheur, on aurait pu avoir un monument psyché aussi fort que le Blueberry de Koonen.

 

Au final, et sans aucune difficulté, le film est éclaté par le livre. C'est le plus souvent la loi mais il y a des exceptions. Jonah Hex n'en fait pas partie. Investissement foireux pour DC Comics (qui ne comptait pas trop dessus), l'adaptation au ciné pourrait même priver, tant elle est passable, la BD de ses derniers lecteurs. Voilà qui est moche.    

 

Note : la date de sortie française de ce chef d'oeuvre n'a pas été confirmée. L'objet est désormais disponible en DVD et Blu-ray.   

 

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