La terrible affaire Sébire et la valeur littéraire des faits divers

21/03/2008 - 15h41
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La terrible affaire Sébire et la valeur littéraire des faits divers

 

 

Alors que Fluctuat fait, en ce moment, la part belle à William Gibson et à son riche en mouvements souterrains, les rumeurs enflent sur le web concernant ce qui a bien pu se passer dans la semaine au domicile de Chantal Sébire. Chantal Sébire est, rappelons-le tout de même, cette femme de 52 ans qui, suite à des tumeurs déformantes et ultradouloureuses, a remis sur le tapis ce vieux serpent de mer qu'est l'euthanasie, le droit à mourir dignement ou à la mort volontairement assistée. Là où l'affaire nous intéresse évidemment, c'est quand elle quitte le domaine journalistique pour entrer dans celui du surnaturel et de l'étrange, donc celui de la fiction à venir.

Il est possible que la télévision tente un jour un récit type docu-fiction du calvaire de cette femme courageuse, mais il n'y aura guère que l'Internet (sur lequel la rumeur court déjà) et la fiction pour oser ce qu'on ose pas ailleurs : supposer que Chantal Sebire n'est pas morte de mort naturelle (trop de souffrance), ne s'est pas suicidée, n'a pas été assistée par un médecin (le sien n'était pas présent), un proche ou un parent ayant facilité son trépas. Ce que la fiction pourrait oser dire avec l'Internet, c'est que Chantal Sébire a été tuée...., qu'on lui a donné secrètement satisfaction.

 

Il ne faut pas être un grand sympathisant des théories conspirationnistes pour trouver "troublant" que sa mort intervienne après un beau battage médiatique et une inflexion de l'opinion publique, que son médecin de famille ait été dépêché, peu avant, avec un ou plusieurs spécialistes et son dossier médical sous le bras à l'Elysée pour un entretien à caractère privé (étaient présents Nicolas Sarkozy, le Dr Arnold Munnich et le professeur Brasnu, que des noms bizarres). Ajoutez à cela que les premières constatations judiciaires et médicales tardent à venir (autopsie ou pas autopsie), que le temps passe et vous obtenez un beau canevas romanesque. Et si... on vous disait que plusieurs habitants de son bled ont aperçu dans le village une fourgonnette de couleur blanche qui aurait été vue garée à 300 mètres du domicile de la famille et dont 3 personnes en costume sombre seraient descendues peu après. Si on vous disait que ces hommes sont repartis juste avant que le mari de Chantal Sebire ne rentre chez lui et ne découvre le corps de son épouse ?

 

 

 

Chantal Sebire était-elle suivie et veillée en permanence ? La surveillance a-t-elle été absente l'espace de cinq ou six secondes, le temps d'un petit pipi ou d'un détour par la cuisine ? Les Men in Black agissaient-ils sur ordre de la présidence en concertation avec la famille ou, en sous-main et comme de parfaits assassins ? Qui avait intérêt à ce que Chantal Sebire meure prestement : elle, l'Etat, la mystérieuse Nadine Morano ?

 

On ne cache pas qu'il y a un certain mauvais goût à voir MAINTENANT le drame sous cet angle mais la fiction fonctionne de cette façon. Beaucoup d'auteurs, pour le meilleur (Gibson qui y a pêché son histoire de container dans Code Source) ou pour le pire (l'affaire des bébés congelés selon mazarine pingeot), suivent la presse, les colonnes faits divers comme le faisaient Flaubert ou Balzac en leur temps, pour saisir l'événement qui pourra résumer l'époque ou leur permettre d'accoucher d'un épisode qui révéléra aux contemporains ce qu'eux-mêmes n'oseront jamais se dire.

 

Que dit l'affaire Sébire ? Est-ce un métier affreux ? Qu'est-ce qui nous vaut de penser à ce qui aurait pu se tramer en coulisses ? Qu'est-ce qui empêche qu'on substitue à ce qui s'est sans doute réellement passé (rien, une femme qui expire), un conte, une histoire d'horreur ou d'espionnage ? Pas grand chose à vrai dire : la morale et la pudeur ne tiennent pas, le respect guère plus. L'envie. La pertinence du faits divers. A-t-il quelque chose à nous dire qui n'ait été vu ailleurs ? L'apparence physique de Chantal Sébire est-elle d'autant plus spectaculaire que nous vivons au temps de la publicité et de Nip Tuck ? Peut-on tout dire maintenant ?

 

 

 

La littérature est voyeuriste quand elle est mal faite, visionnaire quand elle l'est mieux, toujours en éveil en tout cas. Le cas Sebire est à la fois trop frais et presque trop dramatique pour qu'on en tire un bon livre. C'est le reproche qu'on a pu faire à Mazarine : il est impossible de se dépêtrer d'une telle histoire sans chausser de gros sabots littéraires. La réalité est parfois trop improbable pour donner une fiction crédible... Mais qui sait ? Il est possible que Chantal Sebire mérite une belle histoire, un bel auteur, ou un conte. Il est possible que d'une certaine façon David Lynch en ait déjà résumé l'essentiel dans son Elephant Man qui dit, à l'ancienne (la mode de la fin XIXème et du début XXème), ce que nous disons tout bas aujourd'hui. La différence, l'humanité sont peu de choses. Et cetera.

 

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