
La cour d'appel de Paris a rendu aujourd'hui sa décision concernant la suite des imaginée et écrite par François Cérésa, clôturant près de sept ans d'une procédure qui opposait l'écrivain Cérésa aux descendants de Victor Hugo.
Rappel des faits
En 2001, l'éditeur et patron de Plon, Olivier Orban a la riche idée de publier une suite au chef d'oeuvre de Victor Hugo pour fêter, l'année suivante, le bicentenaire de celui-ci. C'est François Cérésa qui remporte le privilège de s'attaquer au monument et écrit une suite en deux parties et . Dans lesquels Cosette, orpheline de Jean Valjean, devient une desperate housewife délaissée par son époux Marius et finit par se venger de Thénardier. Et où, comble de l'audace de l'imagination, l'inspecteur Javert et ennemi de Jean Valjean résuscite et devient gentil !
Sacrilège pour Pierre Hugo, descendant du grand écrivain, furieux de ne pas avoir été consulté sur ce projet qui dénaturerait complètement l'oeuvre originelle. Il réclame donc 4,5 millions de francs (690 000 euros) de dommages et intérêts pour atteinte au droit moral de l'oeuvre.
Le premier jugement rendu par le tribunal de Paris le 12 septembre 2001 juge la plainte irrecevable, l'oeuvre d'Hugo étant libre de droits patrimoniaux (ceux-ci courent 70 ans après la mort de l'auteur). Un appel gagné par le clan Hugo plus tard, la cour de cassation finit par renvoyer l'affaire devant la cour d'appel "autrement composée".
Interprétation juridique et littéraire
A court d'argument face à à une affaire épineuse qui relève de l'interprétation d'un droit moral aux contours flous, les débats qui se sont tenus le 6 novembre dernier devant la cour d'appel de Paris 6 novembre ont plus porté sur les écrits de Victor Hugo lui-même, sur le thème de "qu'en aurait-il pensé?". Or l'oeuvre prolifique de l'écrivain recèle des arguments allant dans le sens des deux camps ! Côté "Hugo", une note de 1832, rédigée par Victor Hugo dans la foulée de évoque l'intégrité de l'oeuvre terminée : "Une fois la chose faite, ne vous ravisez pas, n'y touchez pas. Votre livre est-il manqué ? Tant pis. Votre drame est né boiteux ? Croyez-moi, ne lui mettez pas de jambe de bois".
La team "Plon" riposte avec un écrit datant de 1860 intitulé les Choses vues, dans lequel Hugo affirme : "Quand je serai mort, la propriété de mes oeuvres appartiendra à mes enfants. Qu'ils en usent librement (...) Je donne mes oeuvres à la France. Que le domaine public les donne au peuple (...) Mes oeuvres, c'est mon âme, et mon âme appartient à mon pays." Et un discours prononcé par Victor Hugo le 21 juin 1878 au Congrès littéraire international confirme : "avant la publication, l'auteur a un droit incontestable et illimité" mais "dès que l'oeuvre est publiée, l'auteur n'en est plus le maître. C'est alors l'autre personnage qui s'en empare, appelez-le du nom que vous voudrez : esprit humain, domaine public, société." . "L'héritier du sang est l'héritier du sang. L'écrivain, en tant qu'écrivain, n'a qu'un héritier, c'est l'héritier de l'esprit, c'est l'esprit humain, c'est le domaine public. Voilà la vérité absolue." Avantage Plon?
Il s'avère que oui, puisque la cour d'appel a rendu aujourd'hui son avis définitif, après avoir examiné les deux ouvrages en question. Les héritiers de Victor Hugo ont été déboutés : aux yeux de la loi, François Cérésa n'a pas porté atteinte à l'oeuvre de Victor Hugo. Il est donc devenu légal de publier la suite imaginée d'autres classiques tombés dans le domaine public. Un projet serait-il dans l'air pour une suite de ? Avant un 2, le retour de la vengeance, un 2, il revient et il est pas content ou un 2, retour au charbon ?
Source: Le Figaro
Photo : Victor Hugo, pas le seul à se prendre la tête.