
Le de Eugène Ionesco a la peau dure. L'adaptation de la pièce - créée en 1959 - fait actuellement un tabac sur scène... en Iran. 25 674 billets ont déjà été vendus pour 43 représentations ! Il faut dire que le spectacle est porté par des stars du cinéma locales - Shahab Hosseini et Ateneh Faqih-Nasiri - qui y tiennent les rôles principaux. D'après le metteur en scène Farhad Aiish, cette pratique est courante en Iran, où l'on passe sans soucis des planches aux studios. « Je me suis servi d'eux pour assurer le succès de la pièce au box-office et je n'ai pas peur de le dire », a t-il déclaré.
A la charge du totalitarisme ?Star-system ou résistance civile, les raisons qui poussent le public iranien à voir la comédie intriguent. Une interprétation de la pièce - dans laquelle les habitants d'une ville se transforment progressivement en bêtes sauvages - serait la dénonciation par Ionesco des régimes totalitaires, de l'épidémie du fanatisme et du comportement moutonnier des peuples opprimés. Protégés par leur carapace, les rhinocéros de la pièce détruisent systématiquement tout ce qui ne leur ressemble pas. A l'heure où les ambitions nucléaires de la république islamique d'Iran (qui interdit les premiers rangs du théâtre aux femmes ne portant pas le tchador) sont perçues comme une menace par ses opposants, la pièce résonne comme un avertissement...
Bien que Ionesco ait toujours refusé de qualifier son théâtre d'engagé - il reprochait même à Bertolt Brecht son didactisme - les propos de Béranger à la fin de la pièce interpellent le spectateur : « Contre tout le monde, je me défendrai ! Je suis le dernier homme, je le resterai jusqu'au bout ! Je ne capitule pas ! » Béranger est le symbole de la liberté de l'homme, d'une singularité contre l'uniformisation d'une société qui se "massifie". Un message qui donne envie de se remuer et de relire Ionesco. Le public iranien adhère...
Photo © Isna / Amir Kholoosi