La mise à mort du matador, j'adore !

09/02/2012 - 08h12
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Si vous vous piquez d'écrire ou êtes simplement un lecteur averti, il vous faut vous précipiter sur ce petit livre (185 pages) publié aux Editions Max Milo. La mise à mort du matador n'est pas un roman, mais c'est tout comme tant il est bien écrit et composé. L'auteur, Bernard Hautecloque, qu'on avait déjà croisé (sans le remarquer) en tant que « biographe », il y a deux ans, de la célèbre empoisonneuse Violette Nozière, y présente la formidable aventure du concierge mythomane et assassin Frédéric Moyse. Si vous êtes normalement constitué, pas trop érudit et pas un spécialiste de l'histoire des années 30, ce nom ne vous dit rien. Frédéric Moyse est un type assez détestable qui a été exécuté (tout condamné aura la tête tranchée) pour avoir tué son fils, chez lui, puis l'avoir lâché un jour de Noël, tout nu et mutilé, au bord de la nationale. Fait divers assez banal, me direz-vous, et surtout pour l'époque : une correction qui tourne mal et lâcheté aidant.... Pas seulement, le travail de Hautecloque sur l'époque est passionnant, remarquable dans sa concision et sa précision. Et puis le personnage de Moyse, de sa folie et de son érotomanie est si bien mené qu'on en a encore des frissons dans le dos. L'auteur part de la découverte du corps et de la longue quête qui mène à son identification, quasiment un an plus tard. On suit alors les pas de sa mère, une pauvre fille séduite par ce concierge qui prétend avoir eu en Espagne et en Amérique du Sud une brillante carrière de torrero alors qu'il a vécu comme petit gigolo sur la Côte d'Azur. Avec le destin de la mère, on se croit chez Zola, au coeur de la misère sociale et affective. Les enfants sont des poids qu'on met en nourrice. Il y a des bonnes et des servantes, des patrons plus ou moins sympas, la morale du temps qui pèse sur les épaules mais déploie également sa géométrie variable. Et irrémédiablement, lorsqu'il débarque pour son premier interrogatoire avec femme et enfants, la figure invraisemblable de Moyse, l'homme haï mais qui multiplie les conquêtes, l'homme qui joue l'effondrement mais n'aura jamais un remords, celui qui feint de savoir et ne comprend rien à rien. Derrière le fait divers qui reste l'un des plus forts de la période 1936-1938, Hautecloque propose une vraie leçon de narration pour ce whodunnit (kilafé ?) changé par la suite en portrait d'assassin. L'exercice n'est pas simple. On a vu que Régis Jauffret, avec une matière autrement plus originale, s'y perdait un peu. Ceux qui ont fait l'affaire Fofana n'ont pas eu le talent et le positionnement aussi strict et sévère qu'Hautecloque qui choisit le traitement idéal : celui de l'historien, un brin expansif, pas lyrique, mais expressif, pour emballer l'affaire.

 

La mise à mort du matador se termine avec brio par l'évocation des derniers instants du meurtrier. On y est aussi, dans la petite carriole à cheval qui le mène au billot. On entend ses cris, ses pleurs, ses menaces. Les manières de l'historien parviennent à nous rendre l'intensité et la détresse du moment avec une acuité rare. On peut aimer les écrivains qui en jettent un peu plus ou pratiquent la broderie. Ceux qui y connaissent quelque chose savent que les Hautecloque ont plus de mérite que les autres. Il faut lire la mise à mort du matador ou ne plus lire du tout. 

 

 

Photo du concierge matador dans Détective de 1938

 

Par Benjamin Berton
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