
Je
discutais, l'autre jour, par blog interposé, avec un acteur éloquent du landernau de la science-fiction francophone (SF que je respecte, comme certain l'ont peut-être remarqué, mais avec qui je suis aussi souvent sévère - mais juste, forcément... Hmm, bon, ok passons). De cette discussion enflammée (tellement qu'elle a dut être "stérilisée" pour cause d'inconduite des deux parties - qui se les seraient bien fait voler, "les parties" justement) est née une réflexion mélancolique mais également teintée d'optimisme sur l'injustice de ce que j'appel avec humour (je précise) "le darwinisme éditorial et le futur de la littérature de l'imaginaire".
En effet, on assiste sur de nombreux sites, et dans le milieu de la science-fiction en général, à une véritable levée de boucliers de spécialistes de la SF qui paniquent semble t-il, dés que des auteurs qui ne se reconnaissant pas dans ce genre (Martin Amis, Will Self, Céline Minard, Haruki Murakami, etc.) publient un livre, qu'eux, (les spécialistes en question), jugent comme en faisant partie. Malheureusement, ce n'est pas une poignée de "spécialistes" qui décidera si des auteurs font de la SF ou pas, mais bel et bien les auteurs eux-même. Encore une fois, les critiques se placent en juge des auteurs, les vrais. On peut comprendre ce type de réaction épidermique, de la part d'un milieu (et bien souvent une génération, celle des années 70) qui voit ses lauriers récupérés par d'autres, plus jeunes. Pourtant, autant une nouvelle génération d'écrivain nourrit à la SF et au mangas emprunte à des thèmes qu'on pourrait à la rigueur qualifier de "science-fictionnesques", autant les écrivains SF eux, ne se privent pas de se tourner vers des sujets empruntant à la psychanalyse, la technologie, le rêve etc, en les revendiquant comme SF... (ce qui bien évidement, n'est pas le cas. Lewis Carroll était-il SF ? Jeff Noon qui s'inspire de l'univers de Carroll, est-il SF ? Haruki Murakami et son monde des rêves et des fantasmes, est-il SF, la Bible et la Mahabharata sont-ils de la SF ? Bref...)
En gros, d'un côté, les auteurs et critiques de la science-fiction, voudraient voir celle-ci sortir du "ghetto" du genre (terme que déteste les auteurs de SF et polar, je m'excuse pour eux) en usant des ficelles du roman traditionnel. De l'autre ils ne veulent surtout pas que d'autres auteurs - non-SF - viennent leur couper l'herbe sous le pied en utilisant des recettes ou des idées s'inspirant de ces genres. Bien sûr, ceux qui, parmi les premiers, sont un peu plus vieux et moins réactif (hormis les exceptions notables comme Ballard ou Spinrad) sont victime de ce que j'appel l'impitoyable effet du "darwinisme éditorial". C'est injuste, surtout quand cela réjouit les puristes de la "littérature blanche". Ceux pour qui SF est toujours synonyme de "petits hommes verts" et "soucoupes volantes", mais en même temps, c'est très drôle. Finalement, ces mêmes puristes, finiront bien par lire de la science-fiction sans s'en apercevoir. Et puis, qui se plaindra de voir apparaître plus souvent ces auteurs transgenres que sont Will Self, Jeff Noon, Chuck Palahniuk, Tom Piccirilli, Céline Minard ou Stewart O'Nan ? Pas nous !
Par Maxence Grugier Follow @MaxenceGrugier
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