La fausse face cachée de Kurt Vonnegut

06/12/2011 - 09h21
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L'auteur
Céline Ngi

 

Avec ses faux airs d'albert einstein (la tignasse et la moustache), l'écrivain kurt vonnegut jr se laisse facilement imaginer en grand-père génial et bienveillant. Dans une biographie tout juste parue aux Etats-Unis, And so it goes, Charles J. Shields dépeint pourtant un tout autre portrait de l'écrivain, comme le rapporte un article du Guardian. De quoi choquer ou tout simplement outrer ses plus grands fans.

 

Déjà connu pour une biographie sur Harper Lee, Charles J. Shields a rencontré Vonnegut peu de temps avant sa mort en 2007. Selon lui, l'écrivain ne correspondrait pas tout à fait aux idéaux humanistes, pacifistes ou encore anticapitalistes qu'ont pu véhiculer ses livres, tels que le célèbre , , ou . Vonnegut, qui fut prisonnier de guerre a Dresde, n'aurait ainsi eu aucun scrupule à investir dans des entreprises produisant du napalm, ou à participer à quelques autres activités douteuses. Doté d'un caractère difficile, il se serait fâché avec la plupart de ses amis, sa famille, ou ses éditeurs.

 

Peu flatteuse, cette description bien sombre ne satisfait pas les spécialistes de l'écrivain, pas plus qu'elle ne les surprend d'ailleurs. Jerome Klinkowitz, chercheur en Iowa, rappelle que Vonnegut, à la fin de sa vie, "était très faible, déprimé, morose". C'est ce qui selon lui aurait un peu trop orienté la biographie de Shields. Gregory Sumner, auteur d'un essai sur l'oeuvre de Vonnegut, répond quant à lui : "C'est un peu naïf de s'étonner de ça. Les relations personnelles étaient difficiles pour lui. Il éprouvait une lourde culpabilité de survivant".

 

Car Vonnegut a survécu à beaucoup en effet. Sa famille, autrefois aisée, a été ruinée par la Grande Dépression. Sa mère s'est suicidée. Sa soeur est morte d'un cancer juste après avoir perdu son mari dans un accident de train. Mais l'épreuve la plus traumatisante pour Vonnegut, ce fut incontestablement celle de la guerre : engagé dans l'armée américaine pendant la Seconde Guerre mondiale, il a échappé au bombardement de Dresde en s'enfermant, avec d'autres soldats, dans une cave d'abattoir, qui sera le sujet du roman qui l'a rendu célèbre, Abattoir 5. Il est alors fait prisonnier par les Nazis, et affecté à la récupération des cadavres sur les ruines de la ville. Un épisode d'horreur dont il ne se remettra jamais. Ce rapide point biographique, que l'on trouve en préambule de n'importe lequel de ses ouvrages, suffit en réalité à tasser le semblant de polémique lancé par le livre de Shields. Vonnegut est un écrivain, qui a fait de son traumatisme ses plus grands livres. On attend pas de lui qu'il soit Papy Gâteau. Et puis, comme le fait remarquer Gregory Sumner : "On attend peut-être simplement trop de nos héros".

 

Par Céline Ngi
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