
Etrange destin et métamorphose que ceux du jeune (38 ans) Nicolas Fargues, récompensé cette semaine par le prestigieux prix France Culture-Télérama pour son dernier roman . Jadis (au début des années 2000) et toujours, fleuron des éditions P.O.L aux allures de professeur de tennis ou de garçon coiffeur de la littérature française, à cette époque bénie où les filles trouvaient Beigbeder beau, où Nicolas Rey faisait rêver les femmes et où David Foenkinos (le seul à avoir gardé sa superbe) enchantait avec le , Fargues avait le cheveu soyeux et blond, l'oeil vif et le dynamisme des Rastignac littéraires. Pigiste chez Nova Mag, lecteur pour Gallimard, Nicolas Fargues avait décollé avec son troisième roman, l'astucieux et superficiel dont l'intrigue et les centres d'intérêt en disaient long sur sa fascination pour les feux de la rampe, les paillettes et la beauté faciale des contemporains. Fargues avait alors servi de modèle/mannequin pour Chanel et son parfum Allure, consacrant l'alliance du beau et du doué, du mot et du parfum.
A regarder la vidéo tournée chez son éditeur, toujours P.O.L (on appréciera la disposition ostensible à l'arrière plan des derniers ouvrages sortis là-bas), on se demande si le Nicolas Fargues qu'on connaissait est bien le même homme ou si ce nouveau look ne fait qu'accompagner la mutation artistique de l'écrivain. Après quelques romans qu'on peut qualifier de légers et notamment ce sublime , dont on a si souvent moqué le titre (le plus ridicule de la littérature du XXème siècle, peut-être), Fargues a en effet embrassé la cause dramatique. Son dernier roman, Tu Verras, qui rencontre un certain succès et que d'aucuns ont qualifié de chef d'oeuvre de sensibilité et d'émotion (méfions-nous de ces formules sentimentales), est un roman de l'âge adulte, un roman de l'inquiétude, des fins de partie et des fêtes qui s'achèvent. Fargues y raconte la perte d'un enfant, chose qu'il n'a (dieu merci) pas subi mais qu'il a imaginée avec suffisamment de force pour que sa barbe et ses cheveux brunissent et poussent, que ses yeux s'assombrissent. Fargues a appris à porter sur lui toute la souffrance du poste, à se grimer en Christ pour exprimer sa nouvelle sincérité cérébrale. Le procédé qui consiste à se moquer du physique d'un auteur est répugnant mais nous avons appris à l'apprivoiser : à l'ère du tout public et du tout spectacle, il faut savoir jouer le jeu. La métamorphose de Nicolas Big Jim Fargues en Nicolas le Décavé est saisissante, faisant de cet auteur français (de seconde zone, disons le, ce qui n'est déjà pas rien) un épigone réel d'un revisité à la mode Will Self.
Faut-il faire toute une histoire d'une barbe de quelques jours, d'une toxicomanie à éclipse ou des signes d'un vieillissement ou d'une succession de mauvaises nuits ? Est-ce faire oeuvre de critique littéraire que de remarquer cela ? Ne devrait-on pas s'intéresser à l'oeuvre et à elle seule ? D'autres critiques ont fait le travail pour nous, ici par exemple (critique amateur cela va s'en dire et qu'on ne reprendrait pas à notre compte mais critique tout de même) et il faut avouer que cette histoire de perte du fils ne nous inspire rien de bon, même si d'après ce qu'en disent les gens, Fargues y a mis beaucoup de style et de talent. L'adolescence perdue y serait bien rendue, même si quelques commentaires s'accordent pour dire que l'ensemble manque de tenue et se disperse quelque peu sur la fin (quand Fargues part en Afrique à la recherche d'un marabout). Ceci étant dit, lisez le livre et faites vous une idée par vous même : Fargues est un Ange packagé années 80, une sorte d'écrivain Apollon publié en exigence, tombé dans le caniveau par on ne sait quel miracle-désastre fantastique. Rien que pour ça, il faut lire les mots qui en sortent pressés.
PS : demain promis on parle du beau David Ginola.
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