
Un Irakien à Paris se présente comme une autobiographie à l'envers et en deux temps. Première partie : les déboires de Samuel Shimon à Paris comme réfugié politique. Seconde partie : l'enfance et l'adolescence de Samuel Shimon dans son village natal du nord de l'Irak. Deux textes indépendants, deux écritures tellement différentes qu'on a le sentiment de lire deux livres en un.
De sa traversée d'un Moyen-Orient en guerre comme de sa vie de vagabond heureux dans le Paris artistico-intellectuel, Samuel Shimon livre tout : les détails les plus triviaux comme les bonheurs fugaces. Mais toujours avec une ironie et une autodérision qui préservent le lecteur du mélodrame.
Intitulée « Le petit marchand ambulant et le cinéma » et présenté par l'auteur lui-même comme un « récit d'enfance », la seconde partie concentre les souvenirs émus de sa jeunesse à d'Al-Habbaniyeh, son village natal. Alors marqué par un multi-confessionnalisme qui laisse rêveur, le village est peuplé de personnages attachants : Kiryakos, fan de [people rec="0"]John Ford[/people] qui initie Samuel au cinéma, Youchiya l'épicier qui prête l'argent que le père Shimon a dépensé en alcool, la jolie Chamirân « au teint doré et à la langue rose ».
Cette partie (qui a notre préférence) révèle chez l'auteur une sensibilité authentique et dénuée de mièvrerie. Conjugués sur le mode de l'expérience la plus intime, les deux récits font d' un bel extrait de vie frémissante.
Lucie Geffroy
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