L'enquête de William Vollmann à Fukushima, dans la Zone Interdite

02/01/2012 - 13h09
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L'auteur
Benjamin Berton

William Vollmann, c'est un peu Tintin, Oui-Oui et Jack London à la fois, le tout dans un grand corps d'américain, taillé pour l'aventure à la John Wayne. Après William Vollmann chez les Pauvres, William Vollmann chez les Putes Thaï, William et la reine du crack (notre préféré), William Vollmann chez les Cloches du train, Tristram publiera le 1er mars 2012, la suite des aventures du plus grand reporter écrivain américain contemporain (on pourrait dire tout aussi bien de l'Histoire, la prolixité et le talent de Vollmann éclipsant pour nous les escapades guerrières d'un Hemingway) : William Vollmann présente Fukushima, dans la zone interdite.

Ce livre promet évidemment d'être nucléaire et tendu, Vollmann s'étant rendu à Fukushima pour discuter avec les survivants un mois après les événements qui sont survenus au Japon. Son enquête couvre à la fois une discussion avec les victimes du tsunami et une excursion dans la zone interdite, évacuée par les autorités à quelques kilomètres de la centrale nucléaire, où nous apprend-on chaque jour les choses s'améliorent désormais. Fidèle à sa méthode traditionnelle, Vollmann débarque et interroge les Japonais avec un même ensemble de questions :  Que pensez-vous du nucléaire aujourd'hui ? Quel lien faites-vous entre le désastre d'aujourd'hui et les bombes tombées sur Hiroshima et Nagasaki ? Est-ce que votre vie d'aujourd'hui est pire que celle d'hier ? Autour de ces questionnements simples et directs, Vollmann rencontre (sur ce qu'on en a lu en VO) des réponses stoïques et résignées de Japonais courageux et relativement détachés de leur propre sort. Derrière l'émotion et le spectacle (Vollmann se balade avec son compteur Geiger dosimètre de poche pour mesurer la radioactivité), la parole des personnages est respectée scrupuleusement, rendue dans toute sa force et sa faiblesse, comme un fabuleux aveu d'échec qui touche le peuple japonais mais globalement l'humanité toute entière, condamnée à mettre en oeuvre sa propre destruction, sa propre déchéance. En terminant sa visite par un détour au mémorial d'Hiroshima, Vollmann se rend comme au cimetière déposer quelques fleurs sur une espèce en voie de disparition et qui semble déjà l'avoir accepté dans sa tête.

 

Ce livre, que d'aucuns critiqueront pour les mêmes raisons que d'habitude (sentencieux, tourisme morbide, mise en scène de la parole d'autrui... rémunérée), promet encore une fois d'être un jalon important dans la grande comédie littéraire et humaine qu'a entrepris Vollmann. Il s'inscrit dans un contre-champ obscur et la continuité de ses essais sur la violence, comme une autre manifestation sourde et souterraine de notre devenir fou... pour de bonnes raisons. On a évidemment hâte de tenir le livre entre les mains.

 

Par Benjamin Berton
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