L'éducation selon J.G. Ballard

23/04/2007 - 14h19
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Le britannique J.G. Ballard serait-il Bayrouiste sans le savoir ? C'est ce que pourrait laisser penser ce dialogue entre Richard Pearson, le principal protagoniste de son dernier roman Que notre règne arrive, et un psychiatre officiant au sein de l'étrange communauté de Brooklands, une ville de la banlieue de Londres. De fait, si Millenium People et sa peinture d'une improbable révolte bourgeoise ne fonctionnait pas, Que notre règne arrive a le mérite de mettre les points sur les i et de nommer un chat, un chat, comme le montre ce court extrait :

 

"Les choses sont tout autres, ici, croyez-moi. II faut préparer nos enfants à une société différente. À quoi bon leur parler de la démocratie parlementaire, de l'Église ou de la monarchie? D'ailleurs, les vieux idéaux de citoyenneté dans lesquels nous avons été élevés, vous et moi, sont assez égoïstes. Que d'insistance sur les droits de l'individu, l'habeas corpus, la liberté de l'isolé face au nombre..."

 

-- La liberté d'expression, la protection de la vie privée ?

 

- À quoi sert la liberté d'expression, quand on n'a rien à dire? Soyons réalistes : la plupart de nos concitoyens n'ont rien à dire, ils le savent pertinemment. À quoi sert la vie privée, si ce n'est qu'une prison personnalisée? Le consumérisme est une entreprise collective. Ici, les gens veulent partager et célébrer ce partage. Ils veulent être unis. En faisant les magasins, chacun prend part à une cérémonie collective d'affirmation.

 

- Alors de nos jours, être moderne revient à être passif ?

 

Sangster abattit les deux mains sur son bureau, renversant son pot à stylos. Il se pencha vers moi, son énorme pardessus gonflé autour de lui.

 

Pourquoi voulez-vous être moderne? Reconnaissez que l'entreprise moderniste tout entière était source de discorde. Le modernisme nous apprenait à nous méfier de nous-mêmes, à nous trouver antipathiques. La conscience individuelle, la souffrance solitaire. C'était une doctrine qui tirait son impulsion de la névrose et de l'aliénation. Regardez son art, son architecture. Ils ont quelque chose de tellement froid.

 

--- Et le consumérisme ?

 

- Il exalte l'union. Valeurs et rêves partagés, espoirs et plaisirs communs. Le consumérisme est optimiste, tourné vers l'avenir. Bien sûr il nous demande de nous plier à la volonté de la majorité. C'est une forme de politique de masse. Très théâtrale, mais tout le monde aime ça."

 

Profitons en d'ailleurs pour fustiger ceux (des snobs, c'est évident) qui voient en Ballard un écrivain qui se répète et cultive sa marque de fabrique sans une once de créativité. Personnellement, je serais partisan au contraire à décerner à ce livre, le titre de "roman d'utilité publique" tant sa peinture d'une société déshumanisée uniquement voué aux dieux de la consommation et d'une classe moyenne écrasée par les charges et les fantasmes (de violence, de reconnaissance, de célébrité) est plus que jamais en phase avec notre sinistre époque. A quand Ballard au programme dans les lycées et les collèges ?

 

Par Maxence
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