L'affaire Seymour - Tim Lott

22/05/2007 - 16h16
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Dans L'Affaire Seymour, Tim Lott décrit un effroyable fait divers pour mieux creuser un mal contemporain : l'obsession vaine et morbide pour la transparence des êtres et des événements. Et en profite pour questionner le statut de la fiction dans un monde obsédé par la vérité. Brillant.
L'auteur
Daniel De Almeida
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Après avoir lu L'affaire Seymour, on se surprend à traquer sur le web les marques de la vérité : L'histoire narrée par Tim Lott est-elle vraie ? Alex Seymour, médecin quinquagénaire en pleine dérive existentielle a-t-il vraiment été assassiné à coups de marteau ? Comment s'est achevé le fait divers dans la vraie vie ?La compréhension de ce beau roman aurait pourtant dû mieux nous aiguiller. Effroyable mise en abyme autour d'un meutre sordide, l'affaire Seymour est d'abord (et surtout) l'histoire d'une vérité qui ne se dérobe jamais autant que quand on croit enfin la saisir. La vacuité de la quête n'ayant d'égale que l'ardeur des protagonistes qui s'y risquent : la veuve Seymour bien décidée à faire la lumière sur une affaire qui ruina sa famille et sa réputation, l' écrivain désoeuvré (Tim Lott lui-même) qui croit ne rien poursuivre d'autre que la reconstitution des faits, le docteur Seymour convaincu que tout savoir lui permettra de ne plus souffir.

Remets t'en à Dieu

En elle-même l'affaire se résume aux quelques lignes d'un fait divers que le lecteur est censé connaître (premier mensonge) et sur lequel tout suspense est inutile : le docteur Seymour, la cinquantaine mal gérée, a été tué par une femme perturbée qui lui avait vendu quelques mois auparavant du matériel de vidéo-surveillance. Dissimulées dans plusieurs pièces de son foyer, les caméras achetées filmaient les faits et gestes (deuxième mensonge) de sa femme soupçonnée d'adultère ; de sa fille – prête à perdre sa virginité dans le domicile familial - et de son fils - probablement un voleur compulsif et violent à l'occasion. Le docteur Seymour est habité par l'obsession que connaît peu ou prou tout individu occidental aujourd'hui : essayer de reprendre le contrôle de sa vie, faire les bons choix motivés par une saine expertise, en finir avec les affres de la subjectivité. Il s'en remet donc à la technologie comme on s'en remet à Dieu – qu'il interpelle à l'occasion dans le vidéo journal qu'il tient. Et se confie à Sherry Thomas la vendeuse du magasin et meurtrière qui l'assure de son soutien sans faille( troisième mensonge).

Mais dans une Angleterre qui est le premier marché mondial de la videosurveillance, croire en la preuve par l'image est le plus sûr moyen d'être la victime de toutes les supercheries. Dans une société obsédée par la transparence de tout et de tous, la confession intime est évidemment au mieux un spectacle morbide. Alex Seymour ira jusqu'au bout des deux impasses ave l'énergie d'un damné : leurré, humilié, perdant tout et se perdant lui-même quand il croit tout avoir récupéré. La force de Tim Lott réside dans le choix d'une description froide et factuelle du déroulé de l'affaire : chaque chapitre correspond à une des scènes du drame immortalisées sur vidéo ou à un entretien avec l'un des survivants. Son narrateur acceptant même de dévoiler à la veuve perverse des souvenirs honteux, prix à payer pour qu'elle se mette totalement à nue (ce qu'elle fait et qui constitue le 1457 ème mensonge).

Qui nous regarde désormais ?

Le voilà entraîné lui aussi sur la voie trompeuse de la transparence, cette nouvelle religion des sociétés qui ont renoncé à toute spiritualité. Car l'affaire Seymour est moins une charge contre le respect de la vie privée qu'un questionnement passionnant sur le rôle de l'écrivain dans un monde orphelin d'un principe qui dépasserait ses limites physiques.Si Dieu ne nous voit plus, qui nous regarde désormais, semble interroger Tim Lott. Le romancier, pourrait-il répondre, puisque la vérité n'est jamais que la plus aboutie des fictions.A la fin du livre, alors que tout est dit, on garde la pénible sensation que quelque chose résiste encore. Une frustration qui survrivrait à dix mille informations supplémentaires. Comme en religion, où la Révélation n'exprime finalement rien d'autre qu'une nouvelle phase d'un mystère qui s'épaissit. On était donc prévenus.

L'affaire SeymourTim LottEditions Belfond

Par Daniel De Almeida
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