L'Etoile de Paris : Vollmann, poète sensuel et maladroit

03/05/2010 - 09h18
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L'Etoile de Paris : Vollmann, poète sensuel et maladroit

 

Sorti en mars chez Actes Sud, ce poème en prose écrit par l'un de nos auteurs favoris, William Vollmann, est une sacré bizarrerie. En 70 pages, Vollmann, graphomane légendaire, brosse une ode-odyssée parisienne foutraque, sexuelle, en écho à Aragon, Bataille et Breton, qui raconte la quête un peu folle, un peu sexy et très onirique d'un "je" à la recherche amoureuse et sexuelle d'une mystérieure femme-étoile de Paris.

 

A aucun moment, on ne sait vraiment si le poète parle d'une vraie femme ou d'une étoile. L'Etoile ne semble pas être une de ces putes dont il a le secret. Réfugié dans sa chambre des beaux quartiers, il regarde les cieux, vocalise, rêve et s'éprend dans des termes qui font passer cette curiosité pour une vaste blague, une "folie" (au sens architectural) et un grand moment de littérature aérienne. Ne le cachons pas, cette "chose" a sûrement été écrite rapidement, démarrée d'abord lors d'un séjour parisien pour la promotion de la Famille Royale en 2004 puis reprise entre deux voyages, avant d'être publiée, traduite par Claro, en France, sans l'être aux Etats-Unis. L' Etoile de Paris est un texte circonstanciel, un brin ridicule et qui fera bondir ceux qui n'aiment pas d'ordinaire Vollmann. C'est un poème assez complaisant, qui se balade dans un Paris de carte postale ou de fantasme, et qui est l'occasion pour Vollmann de fixer quelques obsessions mieux appréciées dans son oeuvre romanesque : des seins, des cons en batterie et des éjaculations généreuses. Dans ce poème, néanmoins bien servi par des illustrations de l'auteur, et une conviction/détermination habitée, Vollmann fait son Frank Dubosc parnassien : "fait l'amour avec le ciel, avec les étoiles, et les mers". Il faut se laisser aller et suivre le mouvement pour ne pas décrocher ou éclater de rire devant de telles images qu'on pensait démodées depuis... hum... au moins 50, voire 150 ans. Romantique, authentique, sexy, on peut y aller pourtant pour le plaisir de lire une prose qui s'oublie un peu mais qui serpente avec agilité dans ces visions, ces souffrances et ces hasards urbains.

 

Exemple à la limite de la caricature : "Etoile de Paris, Etoile de Paris, où donc pouvais-tu bien filer ? Ton anus est une tarte aux framboises au sein du cercle magique de sucre pâtissier : sa crème anglaise dorée est surmontée de baies parfaites. Les lèvres de ton con sont des framboises. A qui voudrait savoir quel goût aurait le beurre s'il était en chocolat, je conseille : Embrassez l'Etoile de Paris. Léchez sa gorge : buvez la sueur de ses aisselles. Etoile de Paris, tu es pour moi la preuve que parfois même le bonheur est infini, et qu'il se déverse en toute magnanimité; la danse n'aura pas de fin; tu es circumpolaire, aussi n'aurai-je jamais à te laisser partir. Mais, avant que notre rosée décline, tu quittas mon horizon, en disant : je ne ressens que froideur à ton égard, et j'ignore pourquoi."

 

Bizarre, vous avez dit bizarre ?

 

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