
Troisième tentative d'exploration poétique de l'Amérique profonde, au travers cette fois du très mal connu John Lofland, poète de la première moitié du XIXème siècle (il meurt en 1849) et implanté au Delaware, l'état (prétexte) d'implantation de Joe Biden, colistier de l'ami O. le superprésident. Plus que sa poésie (difficile de mettre la main dessus à vrai dire et tout le monde s'en tamponne aujourd'hui), c'est la vie de John Lofland qui paraît la plus intéressante.
Fils d'un fermier devenu marchand, Lofland est à la ramasse pendant l'enfance et semble pénalisé par des qualités de compréhension nettement inférieures à la moyenne : il lit très tard et est considéré par les gens de sa famille comme un benêt. Etrangement, il décolle à l'adolescence et s'engage dans des études de médecine. A la fac, il découvre les joies de la vie en communauté et commence à produire des poèmes satiriques sur la vie médicale qui font le bonheur de ses collègues. Surnommé le Barde de Milford, il se lance dans le théâtre et commence à se saoûler avec une énergie incroyable. Diplôme en poche, il retourne à Milford pour se consacrer à sa carrière littéraire. Le père de la femme à qui il était promis le considérant comme un poivrot réussit à empêcher son mariage. Lorsque sa promise épouse un autre homme, Lofland déprime et reste cloîtré chez lui pendant 3 années complètes.
Au début des années 1830, il se fait un petit nom en qualité de poète et publie dans la Gazette du Delaware. Il complète sa consommation d'alcool par une addiction sévère à l'opium (laudanum) qui ne le quittera plus jusqu'à sa mort. Il déménage ensuite pour Baltimore (l'une des villes les plus peuplées d'alors) où il se lie d'amitié (toxicomane) avec un auteur autrement plus mémorable : Edgar Allan Poe, hé oui. Lofland et Poe se font concurrence en beuveries, en orgies et en binge drinking. Lofland enchaîne les comas éthyliques et les cures de désintoxication tandis que Poe devient Poe. Il parvient peu à peu réguler sa consommation de drogue et écrit beaucoup à cette époque. John déménage une ultime fois ensuite pour prendre la tête d'un journal célèbre à cette époque, Le Blue Hen's Chicken. Il mourra peu après de tuberculose. Négligé, dépassé par la gloire d'autres auteurs, Lofland tombe dans l'oubli. les textes de Lofland sont marqués par des qualités dramatiques indéniables et par un goût prononcé pour le macabre et le romantisme à l'anglaise, en même temps qu'un intérêt pas si fréquent pour le féminisme, la cause des Native Americans (les Indiens) et les minorités. Ici, un poème un brin Delawariste, appelé tout bêtement Delaware, qui sent l'Amérique de la Liberté à plein nez. Traduit à la maison.
Cher Petit Delaware, état où je suis né,Tu n'es qu'un point minuscule, mais pas le dernier parmi les grandsC'est là que j'ai posé mes pauvres piedsEt là qu'au Ciel j'ai adressé mes prières ferventesPour que ta gloire en majesté un jour s'élèveEt accroche les sourires des patriotes aux nuages
Patrie de mes pères, berceau des bravesCrèche de génies et tombeau du tyran Pour toi, j'ai tiré le fil doré de la louangeEt chanté la gloire des jours passés
Quelle joie, O Delaware, pour toi,
Depuis qu'une résistance ferme a libéré la nation De n'être plus ce sombre endroit que l'ignoble Nord usaitPour couler la plus noble des races humainesAinsi puissent les fils de la liberté toujours se tenir deboutEt montrer leur affection à la vieille Terre d'Albion Mais quand l'oppression montre sa chaîne de ferAlors la liberté doit déchirer le lien en piècesTout commerce cesse fissa, la vengeance déchaînée grondeEt la Tyrannie fait rugir les cieuxL'homme doit oublier son frèreEt égorger la paix dans une atrocité humaineLe lion tremble d'entendre au loinLe tumulte ronflant de la guerre prochaineQui fait trembler jusqu'à l'Angleterre, avec ce jugement définitif : La liberté de notre pays doit rester immense et inaliénable.