Joyeux Anniversaire Horace !

27/11/2008 - 16h26
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Joyeux Anniversaire Horace !

 

Rien de tel pour la jouer has been, ancien combattant ou lettré snobinard : aujourd'hui, on fête le... hum... 2016ème anniversaire de la mort d'Horace et c'est un truc à ne pas rater, parce qu'Horace est peut-être le plus épatant des poètes latins (on parlera d'Ovide une autre fois). Rien de tel pour se remémorer le souvenir des cours de latin, des versions et des thèmes, que de relire la langue de cet homme né d'un père semi-esclave, libéré et qui s'enrichit (c'est ce qu'on raconte) en servant d'intermédiaire au cours de transactions.

 

 

 

Le père d'Horace prenait, sur les opérations qu'il finançait (des ventes de bestiaux, des achats de céréales, des enchères...) une commission de 1%, ce qui était pas mal pour l'époque mais fait aujourd'hui petit joueur par rapport aux pontes de la Société Générale ou de la BNP (7 euros pour encaisser un chèque, et quelques-uns de plus pour une carte de fidélité...). C'est avec l'argent du business que papa Horace finança les études de son fils et lui permit d'aller étudier en Grèce. Après l'assassinat de Jules César (en 44 avant JC, l'autre JC), Horace devient un guerrier et dirige une légion à 21 ans dans le conflit qui oppose Brutus et l'armée des Libérateurs à Octave et Marc Antoine. Après la victoire de ces derniers, Horace repart de rien. Ses biens ont été saisis et il doit à Mécène, le confident d'Octave, que lui a présenté son ami Virgile, de se refaire une place au soleil des arts, cette fois. Le reste appartient à l'histoire des lettres classiques. On fait une pièce de théâtre avec sa vie, il écrit des Odes, des Epîtres et des choses fabuleuses, mettant en place une poétique extrêmement énergique, ultraviolente (souvent) et très incisive. Ses écrits sont réputés assez élaborés et pétris de doubles sens. Son carpe diem quam minimum credula postero n'est pas contrairement à sa légende un hymne hédoniste à la partouze, à l'abus de drogue et à la consommation de plaisir post-cercle des poètes disparus mais bien un manifeste pour une jouissance rationnelle et ascétique des plaisirs périssables. Horace, malgré la jupette, n'était pas un marrant mais un être exigeant, à vif et dont la poésie reflétait l'inquiétude et le sentiment d'insécurité existentielle permanents.

 

 

 

2016 ans après donc, Horace dispose d'un espace impeccable sur le net sur lequel on peut relire à peu près tout ce qu'il a écrit, en version originale (latine, donc) et en traduction française. Il faudrait décerner un prix aux administrateurs du site Espace Horace (www.espace-horace.org), si bien fait et qui porte en plus un super titre, moderne et plein d'allant, susceptible d'attirer les jeunes générations. Pour le plaisir, cette petite ode tout à fait appétissante et qui nous change des Christine Angot, Marc Lévy et autres trucs habituels. Ah, respirez le doux parfum de l'Antiquité, du préchristianisme, de Rome et Tivoli dans le petit matin.... 

 

 

 

Hélas ! Postumus, mon cher Postumus, comme elles s'enfuient vite nos années... et toute notre piété ne saurait retarder ni les rides, ni la vieillesse toute proche, ni la mort indomptée. /Non, mon ami, quand bien même, chaque jour qui passe, tu sacrifierais trois cents taureaux, pour te rendre favorable Pluton, le dieu sans larmes qui retient le géant Tityos et Géryon aux trois corps, l'onde infernale nous la traverserons tous, un jour, nous qui sommes nourris des fruits de la terre, que nous soyons rois ou humbles paysans./ C'est en vain que nous nous préserverons de Mars, le dieu violent, c'est en vain que nous éviterons le déferlement des flots grondants de l'Adriatique, en vain encore qu'à l'automne nous éviterons l'Auster malsain./ Inévitablement, il nous faudra aller voir le sombre et languissant Cocyte au cours errant, et l'infâme descendance de Danaüs, et Sisyphe, le fils d'Éole, condamné à un labeur perpétuel./ Il faudra laisser ces terrains, cette maison, cette épouse aimée ; et de tous ces arbres cultivés avec soin aucun ne suivra son éphémère maître, hormis l'odieux cyprès./ Un plus digne héritier videra tout ce Cécube conservé à l'abri de cent clés et rougira le pavement de ce vin orgueilleux, de ce vin supérieur même à celui servi aux dîners des pontifes./

 

(Pour ceux qui aiment ça, d'après mes recherches, personne n'a appelé son enfant Postumus depuis une bonne tricentaine d'années...)

 

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