Jonathan Franzen : genèse d'un écrivain star Juste un auteur américain ?

04/07/2011 - 16h05
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Jonathan Franzen ? Honnêtement, on n'en avait pas entendu parler avant le buzz suscité par Les Corrections. Trois livres et dix ans plus tard, Franzen a définitivement définitivement acquis le statut de grand écrivain américain en faisant la couv du magazine Times. Son dernier roman, Freedom, est le roman étranger le plus attendu de la rentrée 2011. Nous l'avions lu en VO : très bon roman, rien à redire, mais pas renversant non plus (il faut bien l'accepter, au risque de paraître blasé ou difficile). Mais alors, pourquoi Franzen est-il si célèbre ?

Jonathan Franzen a écrit quoi ? Allez, six livres, romans, essais, recueils compris. Avec {Les Corrections->http://livres.fluctuat.net/jonathan-franzen/livres/les-corrections/]}, son premier grand succès, il a raflé quelques prix littéraires, et a gagné sa crédibilité en tant que jeune écrivain américain prénommé Jonathan (aux côtés d'un Safran Foer et d'un Lethem). Après ça, il a publié des divers articles, un récit autobiographique ({[La Zone d'inconfort}), suivi par quelques lecteurs fidèles qui se demandaient tout de même quand arriverait enfin le prochain grand roman. Puis en 2010 enfin, soit 9 ans après {Les Corrections}, {

}.Voilà, Franzen est devenu un écrivain rock star. Mais comment en est-il arrivé là ?Voici une tentative d'explication en quatre points.

 

  • Il a refusé une invitation chez Oprah Winfrey

Si les deux premiers romans de l'écrivain new-yorkais ont été accueillis avec un certain scepticisme, {Les Corrections} a su emballer la machine éditoriale. Des louanges par bouquets, des ventes par wagons, mais aussi une consécration paradoxale par la diva des lettres télévisuelles, Oprah Winfrey. Invité à participer à son show synonyme de ventes multipliées par dix, Jonathan Franzen a tout simplement refusé à l'époque, au motif qu'il ne souhaitait pas être étiqueté par un club de lecteurs. réaction géniale s'il en est, ce refus lui a certainement plus rapporté que s'il s'était déplacé. Gagnant en crédibilité - beau geste d'intégrité ou tout simplement coup de pub en creux ? - toujours est-il qu'Oprah a tout de même mis le livre sur sa fameuse liste des best-sellers à découvrir et tout le monde (comme d'habitude) s'est mis à le dévorer et à en dire le plus grand bien. Ce qui ne gâte rien, le livre était aussi excellent dans son genre. Du coup, logique que le roman suivant de Franzen soit attendu comme la nouvelle merveille du monde.

  • Il n'a rien sorti depuis 9 ans

Cela se conçoit difficilement à l'échelle française : là où un Levy[/people] ou une [people_restrictif=amélie Nothomb]Nothomb enquillent les romans sur la base d'un par an au minimum, les superstars des lettres américaines (cela vaut par exemple pour Bret Easton Ellis et un tas d'autres) peuvent se permettre de ne publier un livre que tous les 5 ou 7 ans. Parce qu'ils savent contrôler leurs pulsions, et se faire désirer ?Ce système, qui officiellement correspond au rythme d'écriture de chacun, induit des modifications majeures sur le cycle de publication. Les romans s'allongent. Le suspense est total. On fabrique aujourd'hui des best-sellers comme on fabrique des films : dans le secret le plus complet, avec une petite équipe de documentalistes et en amorçant la pompe à coups d'extraits et de teasers. Les écrivains (qui, pourtant, n'ont pas l'ombre du statut sacré qu'ils ont en Europe) vivent leur vie tranquillement et ne s'offrent des sorties que lorsqu'ils en ont besoin. On les soupçonne parfois de se l'être coulée douce pendant quelques années avant de se remettre au boulot fébrilement. Et alors ? Le public a tendance a espérer que la qualité d'une oeuvre justifie le temps qu'elle a demandé... et vice et versa. C'est la même chose au cinéma, avec tous ces réalisateurs qui ont fondé leur notoriété sur leur lenteur (prenez par exemple Terence Malick ou Kubrick).

  • Il respecte le mythe du Grand Roman Américain

Les Européens ont échappé malheureusement à ce travers mais les lecteurs américains l'appellent de tous leurs voeux culturels depuis… Mark Twain : le fameux Grand Roman Américain, celui qui leur racontera leur propre histoire avec une telle force qu'ils deviendront eux-même une part de cette histoire. Franzen officie clairement dans ce genre-là. {Freedom} est un pavé dont le titre dit assez bien l'ambition. On parle ici de liberté de choix, de liberté individuelle, de sauvegarde de la liberté, d'éthique, etc, dans une saga familiale de 600 pages, mettant en scène une femme au foyer amoureuse d'un apprenti pop star et qui finit mariée à son meilleur ami, sérieux et un poil moins glamour. Le différend entre deux personnages du roman, Walter et son fils Joey, est aussi emblématique du caractère politique de {Freedom}, ces personnages incarnant chacun à leur manière deux visages de l'Amérique éternelle, mais aussi sa capacité à se régénérer dans l'excellence. Emblématique aussi, la notion de rédemption ou de pardon qui parcourt le roman, du milieu à la fin. L'Amérique d'aujourd'hui a le bonheur un peu plus amer que dans les années 50 (la résignation a remplacé la conviction) mais, comme dirait l'autre, « ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort » et blablabla.

  • Il est moderne, contemporain et accessible, et cool

D'origine européenne, et allemande en plus (!), Franzen est un type à la cool. Il écrit dans l'Amérique post-11 septembre, vit à New York, porte des lunettes, mène une vie en apparence tranquille. Il vote sûrement démocrate et émet des idées progressistes.Si l'auteur marche si bien aux Etats-Unis, c'est aussi parce qu'il renvoie à l'Amérique une image assez séduisante de son devenir, de ses valeurs (notez le soupçon d'écologie noyé dans le bouquin). Il n'y a aucun salaud dans ce livre, rien qui fâche vraiment. Si l'on compare à DeLillo par exemple, les enjeux d'un Franzen sont quasi-nuls. La noirceur est inexistante. Le mal absent, contrairement aux ouvrages d'une Joyce Carol Oates, pour rester dans un créneau très similaire. En Europe, même mécanisme : Franzen raconte l'Amérique qu'on aime aimer. Classes moyennes. Petite vie de banlieue, option Desperate Housewives. Un rockeur pour le romantisme, mais aussi le côté trash du cul qui tâche, de la drogue qui se prise et des existences ravagées. Que demander de plus ? Avec Franzen, c'est best-seller à tous les étages : accessible pour les classes dominantes, les intellectuels mais aussi pour les lecteurs moins aguerris. Les scénaristes de série télé font ça à merveille. Les romanciers aussi.

Par Benjamin Berton
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