John King poursuit son analyse de la société britannique avec Skinheads God save the King !

12/06/2012 - 17h37
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On avait adoré Human Punk et Football Factory, deux romans cultes signés du Britannique John King. L’auteur revient sur nos rives avec Skinheads, le nouveau volet de la série qu’il consacre à l’exploration et au décryptage des multiples facettes de la culture anglaise des années 60 à nos jours. Sans concession !

C’est d’actualité ! Alors qu'Elizabeth II vient de fêter son jubilé de diamant, impossible de ne pas parler de John King. Ecrivain britannique – un des meilleurs - qui ne manque pas de verve quand il s’agit de parler de son pays, de ses compatriotes et de leurs cultures. C’est une nouvelle fois dans une veine naturaliste, entre roman et documentaire, que King signe Skinheads (publié en France par Au Diable Vauvert), un livre qui marque une nouvelle étape de l’auteur dans l’observation ainsi que l’analyse historique et sociale d’une sous-culture encore bien souvent incomprise, celle des skins d’Angleterre et de la culture Oi!.

Salué par Irvine Welsh, l’auteur de Trainspotting (entre autre), La Meute et Human Punk célébraient déjà les particularismes du pays de sa Majesté. Entre scènes de cuites dithyrambiques, bastons mémorables, discussions alcoolisées, hooliganisme fervent et mélancolie toute britannique, les personnages de John King s’accrochent à leur jeunesse de punk, skin ou supporter, tout en suivant l’évolution globale (le personnage principal de Human Punk fait carrière en Chine !) avec le recul que procurent des siècles de colonisation et d’exploration, de société de classe et de sclérose sur fond de révolution culturelle. Oui, l’Angleterre est un pays de prolos régit par des aristocrates, mais c’est aussi – et surtout – un formidable territoire d’expérimentation sociale dont la portée se mesure toujours, aujourd’hui comme hier, dans le domaine de l’art, la musique, la littérature.

Dans son premier roman de 1996, Football Factory, King lâchait déjà la bride à son obsession pour les phénomènes de radicalisation observé dans les groupes de jeunes anglais (radicalisation qui fit tâche d’huile un peu partout en Europe), en décrivant la passion mais aussi la violence inhérente aux individus soudés par un idéal commun, fusse-t-il aussi vain et passionnel que le football. A la lecture de ce roman devenu culte, on se souvient que John King n’est pas Jonathan Coe, ni Martin Amis, il ne vient pas de la "gentry" britannique. Son passé de rocker prolo porté en bandoulière comme d’autres porteraient une guitare, King est fier de ses origines "ouvrières" et ses romans ont une portée politique évidente. Ils sont la dénonciation d’une société dite "libérale" mais surtout hypocrite, qui ostracise toujours plus ses "pauvres" (en l’occurrence ici, qui les interdits même de fréquenter les stades quand leurs agissements sont trop violents), leur offrant "du pain et des jeux" pour finir par leur retirer quand ces sports s’embourgeoisent, que l’économie des clubs - et la bonne conscience politiquement correct -, entre en jeu.

Pour Skinheads, c’est à travers le parcours de trois personnages, Terry English, l’aîné, Nutty Ray, employé par Terry, et "Lol", quinze ans, symboles de trois générations de prolétaires britanniques, que King décrit en détail la culture Skinhead. Née dans les années 60 sur le terreau fertile du paupérisme ambiant, initialement baignée de soul, de reggae skinhead, de rocksteady et de ska dans les années 70, jusqu’à l’évolution radicale qu’on lui connait (bien souvent caricaturée par les médias). Sans tomber dans le manichéisme, King décrit les rouages de l’exclusion et du racisme, de la peur et de la violence, tout en analysant la complexité d’un mouvement finalement largement méconnu du grand public.

Damnés de la "bonne société" et parias blancs, les "skins" de King tentent tant bien que mal de s’élever dans une société dont ils ne partagent plus les valeurs et où le racisme se vit au quotidien dans tous les milieux, tandis que le fossé des générations, des cultures et des classes continue de se creuser inexorablement. Pour King, les skinheads, aussi ambiguë que cela puisse paraitre, se définissent comme un groupe d’individus qui se voient comme le dernier rempart contre l’anarchie et le chaos. Pauvres parmi les pauvres, ils défendent paradoxalement les valeurs d’une société (monarchie, suprématie blanche, classe ouvrière) qui les rejette. A la fois masochistes et nobles. On ne peut que saluer la finesse de l’analyse de King à ce sujet.

Par Maxence Grugier
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