John Haines, poète d'Alaska : un hommage à Sarah Palin

06/11/2008 - 12h16
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John Haines, poète d'Alaska : un hommage à Sarah Palin

 

Sarah Palin aura été le rayon de soleil conservateur de cette campagne américaine : binoclarde, sexy jusqu'au porno, drôle et spectaculairement réac, la chasseuse de grizzli caribouldingue aurait aisément mérité de remplacer le vieux John McCain clamsé à la première occasion et élu à la majorité des deux tiers, rien que pour la beauté du geste et la portée (humaine) d'une expérience politicienne, citoyenne et stratégique qui aurait pris (comme dans un bon roman SF) la planète entière en otage.

 

 

 

Un monde meilleur où les mongoliens (même noirs) auraient enfin accès à l'égalité des chances et aux grands espaces, courant libres comme dans une publicité Royal Canin, où on pourrait dégainer son gun en fonte sans craindre de se faire mettre en slip dans l'arrière-boutique d'un supermarché ou d'un commissariat de quartier. Palin, c'est l'Alaska Idéal pour tous, la cabane au Canada pour ceux qui n'ont plus rien, la vie avant la vie et la mort après l'amour, ce genre de programmes dont on rêverait tous pour ses voisins.

 

 

 

En hommage à cette ex-candidate venue du froid et qu'on ne reverra plus jamais (prions Dieu que cela arrive un jour en France, des disparitions-sublimations d'hommes politiques), petit poème américain du grand John Haines, poète né en Virginie en 1924 mais qui gagna ses lettres de noblesse en Alaska et enseigna longtemps à l'Université de Fairbanks. Haines est un beau poète naturaliste connu pour avoir joué à Thoreau à partir de 1947 et dans des conditions terribles. Haines se bâtit une cabane en Alaska et vécut pendant 25 ans (à côté Thoreau ressemble à un gars qui s'équipe au Vieux Campeur) de sa pêche et de sa chasse. Il traqua, pista le caribou, le loup, l'ours et fit, dixit sa biographie officielle, du gel et du froid "ses meilleurs amis". 

 

 

 

Je n'ai jamais essayé de jouer au tarot avec des courants d'air mais ceux de Fairbanks (d'Helena aujourd'hui, puisqu'il a déménagé dans le Montana) devaient être franchement sympas pour inspirer de telles séquences. Haines est très coté aujourd'hui, mais, derrière son côté rustre, un anti-Palin par le menu. Il passe pour un écolo et un progressiste quand la vice-ex-présidente se la joue pro-life, et pour un badigeonnement de l'intérieur des cuisses et des forêts aux hydrocarbures. Il y a de la beauté chez Haines et du gras double chez Palin. Paix à son âme.       

 

 

 

D'entre le tranquille peuple du givre / Je me rappelle un Esquimau / qui marchait un soir/ Sur la route de Fairbanks//

 

Une lampe consumait des ombres/ Sur la table devant nous/la lumière nous venait comme si de loin/ elle passait la peau jaune d'une tente//

 

Des milliers d'années s'écoulèrent./ Des gens étaient entassés sur les rives du fleuve à sécher du poisson/ Au soleil. Les femmes le dos courbé/ Etiraient grattaient des peaux/Animées d'une patience furieuse.  

 

Les pointes transperçaient de partout l'herbe de l'automne humide/ les quartiers de viande étaient planqués empilés en caches hautes/comme mémoire rouge contre la blancheur 

 

Cela faisait un bail que nous étions loin de chez nous / Les empreintes de pas de l'homme marchant seul/ sur une route glacée d'Asie/ craquèrent écrasées dans les ténèbres/ Avant de s'évanouir.

 

(Traduction libre comme toujours.)

 

 

 

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