
Au début des années 00, James Crumley, l'ours hardboiled de la "danse" du même nom vit une période de dépression intense. Presque huit ans au fond du gouffre, qui le cloueront au lit et iront jusqu'à lui faire perdre toute envie d'écrire. Il s'en explique d'ailleurs pudiquement dans les remerciements qui ouvrent , roman édité en 2005 (chez Fayard Noir) et réédité en poche ce mois. Folie Douce est donc une forme de bilan de dépression nerveuse. Entre trip halluciné, autodérision et gueule de bois, Crumley plonge C.W. Shugrue (son personnage fétiche au côté de Milo Milodragovitch, avec lequel l'auteur alterne les "enquêtes" d'un livre à l'autre, exception faite des Serpents de la Frontière qui voit la réunion de nos deux anti-héros) dans une histoire très noire et quasi-suicidaire. L'art de la digression, l'intrigue indémêlable à la Chandler, la violence et la noirceur sont toujours là, mais au delà des clichés se cache un étrange sentiment de détestation, chose plutôt rare chez le solide cow boy du Montana qu'on aime voir en James Crumley.
Bien sûr, la pulsion de mort habite tous ses romans depuis le début mais dans Folie Douce l'autocritique et la noirceur atteint un point telle que l'auteur va jusqu'à s'en prendre à lui-même et à son oeuvre avec une férocité inaccoutumée. Ici, Shugrue devra encore une fois affronter les noirs démons du secret et de la névrose, et se frotter au pire enemi d'un homme : son meilleur ami. Une course sauvage pour le privé à la petite semaine, plus tout jeune et passablement éprouvé par la vie (voir, les Serpents de la frontière), avec qui l'auteur n'est pas tendre pour autant. Difficile en effet de ne pas faire le parallèle entre ses polars plein d'une psychologie brut de décoffrage, mêlant philosophie Nietzschéenne et mythe de l'ouest sauvage où tout se règle encore à coup de revolver, et le portrait sans concession du psychiatre manipulateur de Folie Douce. A la manière du Krummel (Notez la quasi homonymie) de son premier roman, un recit post-viêt-nam, les situations vécues par les personnages de Crumley font souvent l'objet d'exutoires sado-masochistes et sanglants, expression du mal être et de la culpabilité porté par l'auteur depuis le viêt-nam. Une période évoquée au fil des pages, mais dont l'auteur ne dit rien ou presque, hormis dans le premier roman suscité. Hélas, et tant mieux, avec Folie Douce Crumley rate sa cible, en l'occurence lui-même, puisque c'est la tendresse et l'émotion qui prédomine chez le lecteur à la lecture de ce portrait à charge. De fait, peu d'auteurs sont capable d'une telle honnêteté, malheureusement, cet exercice purificatoire ne semble pas avoir moralement réussi au principal intéressé dont on attend pourtant les romans avec toujours autant d'impatience. Go on James !
James Crumley - Folie Douce (Folio Policier)
Par Maxence