
Les sagas qui s'offrent un épisode 2 meilleur que le premier ne sont pas légion : Retour vers le futur 2, Le Parrain (?), Batman "Reborn" sûrement et quelques autres. Hellboy et la Golden Army (traduit balourdement en Hellboy 2, les légions de l'or maudites) fait clairement partie de ces exceptions. Le premier volet était appliqué, didactique (il fallait installer le personnage, tout aussi délicat à manier en bd qu'au cinéma, tant il est improbable), lesté par une volonté de rendre à l'adaptation toute la densité psychologique que mike mignolia a insufflée à sa créature depuis sa création en 1994 (?). guillermo del toro avait par ailleurs souffert pour rendre le graphisme si particulier (taillé à la serpe, ultra économe) de Mignola depuis sa palette baroque habituelle. Le Labyrinthe de Pan est passé par là et il semble que cela ait débloqué le réalisateur.
Del Toro n'a pas hésité cette fois à féconder l'univers steampunk de Hellboy avec son imagerie baroque et gothique : le film ne lésine pas sur les effets de couleurs, les dorures et embrasse à bras le corps les fantasmes d'irréalité et de fantaisie du comics, si bien qu'on se sait parfois plus dans un film de Del Toro que dans une adaptation de Mignola. "Ce qui est bien, c'est que tu t'es approprié la chanson", on dirait dans le jury de la Star Ac. C'est exactement ça.
Etrangement, Del Toro réussit avec ce second volet bien foutu à se débarrasser d'une des pires tares des adaptations de comics sur grand écran : l'obligation de faire sérieux, ou d'essayer de donner le change. Secondé par Mignola, qui a écrit une bd spéciale (une séquelle en forme de préquel, disons, ou de produit dérivé) destinée à détailler un peu plus l'origine de la Golden Army dont il est question dans le film (prologue notamment), Del Toro ne s'est refusé aucune fantaisie. La première et la plus payante est d'avoir fait entrer sur scène le personnage fabuleux du Johann Kraus, le médium dématérialisé, sorte de fumée spirite contenue dans un scaphandre et qui fait parler les corps et les objets. Kraus est une merveille cinématographique, un personnage incroyable qui sur le plan visuel dépasse finalement son double BD originel.
Selma Blair continue avec son visage parfait d'incarner une Liz Sherman très équilibrée, érotique et responsable qui oppose sa sagesse et son esprit pratique à la force et au côté rêveur d'Hellboy. Etrangement, et alors qu'il constituait l'atout n°1 du premier film, c'est le personnage principal qui pêche ici un tantinet. Les tentatives d'humaniser Hellboy (la scène de beuverie avec Abe) ne fonctionnent pas et les séquences de comédie, même si elles sont ponctuées par des bons mots... très efficaces, ne parviennent pas à convaincre. A décharge du cinéaste, ces séquences ne sont généralement pas non plus les plus réussies des comics. Toujours est-il que Hellboy est clairement en retrait ici et se fait manger la feuille par les seconds rôles.

Là où comics et film se rejoignent et s'égalent, c'est quand il s'agit de narration. Mignola est un organisateur de discours narratif imparable et Del Toro n'a rien à lui envier. Le prologue est impeccable, ainsi que l'alternance des séquences d'actions (très nombreuses et ultraspectaculaires), de repos, d'explication. Il est assez rare dans un film d'action que les séquences de comédie soient intégrées de manière aussi fluide à la dynamique du film. C'est peut-être l'un des secrets des comics : alterner l'action pure et le côté sitcom gothique du BPRD. La romance entre la princesse Nuada et Abe se situe dans cette ligne et, si elle alourdit la trame du récit, est salutaire en matière d'équilibre. Là où le film fonctionne parfaitement, c'est lorsqu'il dépasse la folie des comics et déploie ses moyens infinis au service d'une vision fantasy : animation de la Golden Army (idée idiote s'il en est) façon Mirrormask, le marché des trolls (idée idiote n°2), composition d'une équipe de joyaux lurons type Magicien d'Oz. Del Toro réussit à rendre le caractère rétro de la BD avec des moyens ultramodernes. Comme Mignola, il trouve la forme qui lui permet de créer l'émotion nostalgique (le métal, l'armée, le rêve) depuis l'effet spécial.
On peut trouver Hellboy 2 assez peu satisfaisant au final (le scénario est ultrafragile et difficile à avaler, le méchant foireux) mais reconnaître qu'il constitue, ce qui n'est pas fréquent, une vraie réussite d'adaptation, une vraie transposition de l'univers de la BD, avec ses qualités et ses faiblesses. Contrairement à Wanted et à Hulk, il y a ici un vrai travail d'auteur et une sorte d'égalité de moyens (et de fins) entre les médias. Match nul donc, en ce qui nous concerne.