Girls : Gare au spermato géant !

21/02/2008 - 15h53
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L'histoire de Girls des joshua luna (qu'on ne confondra surtout pas avec le Lost Girls d'Alan Moore) est assez simple : dans l'Amérique profonde, au milieu du village Pennystown, peuplé de quelques dizaines d'habitants, atterrit un jour une jeune fille à poil...
L'auteur
Benjamin Berton

 

- Lire l'entretien avec les Frères Luna

 

Incubes au féminin

Recueillie par un adolescent dans sa voiture, il s'avère assez vite que la jeune femme, plutôt bien faite -euphémisme, les brunettes sont à croquer, suffisamment en chair pour suggérer leur extrême fécondité, peau de porcelaine, lèvres papillon etc - ne s'intéresse qu'à une chose : baiser pour se reproduire. Fécondée, elle se reproduit en mode Gremlins, pond un oeuf et donne bientôt naissance à une colonie de nanas à poil extraterrestre qui entreprennent de massacrer les femmes (à l'exception des femmes enceintes), de séduire les hommes et de se reproduire davantage. Accessoirement elles portent aussi les cadavres de leur victime comme nourriture à leur vaisseau-mère, un spermato géant incandescent de plusieurs mètres de diamètre, posé dans un champ à côté.

 

Hum....vous vous dîtes que les types qui ont écrit ça avaient sacrément fumé, pas vrai ? En fait, malgré ce résumé, Girls ressemble plus à un film bien achevé des frères joel coen qu'à un délire sans queue ni tête. Les frères Luna démontrent brillamment sur les 3 premiers tomes que nos communautés ne tiennent qu'à un fil, que les couples ne sont que du vent, que la fidélité ne tient qu'à l'absence de partenaire plus désirable disponible. La vie sociale et ses rituels (le lever, le travail, la télé) ne servent qu'à prévenir les déchaînements de haine et de ressentiment qui interviendraient si on stoppait le cycle de la normalité.

 

Les Girls agissent comme un détonateur et un révélateur : elles révèlent les courageux, les vrais et faux chefs, les lâches, les gays, les violents. Elles font figure de ressort psychologique ultime, à la limite de la magie parfois, comme s'il suffisait d'une belle et jeune nana humide pour exorciser le monde et le purger de ses défauts.

 

La nuit sans fin

 

Les qualités de Girls reposent étrangement sur un dessin étonnament médiocre et digital qui nous fait malheureusement confondre les personnages. Il faut soixante pages pour qu'on se rende compte qu'une chinoise en est une, ou que le prêtre noir à l'affreuse coupe afro, est un homme et pas une femme. Les coloris marronnâtres utilisés par les frères Luna font peser une nuit quasi permanente sur la BD, renforçant son suspense, sa noirceur et le caractère inéluctable de la lutte contre les filles. On parcourt le village bientôt encloché et coupé du monde (comme dans le film des Simpsons), comme si on l'habitait, si bien que le lecteur se trouve assez vite inclus dans la série de sièges, de montées d'adrénaline, de crises ou de petits coups tirés vite faits avec les visiteuses.

 

On regrettera, pris dans le mouvement exaltant mais répétitif et assez vain, que dans les trois premiers tomes, le crescendo dramatique n'aboutisse pas au final à une révélation digne de ce nom. La mise en haleine est telle que l'on s'attendait, comme pour un polar, à une apothéose narrative.

 

Les dernières pages du tome 4 font partie de celles qui vous laissent le dernier mot, beaucoup d'interrogations surtout. On peut se satisfaire de cette fin "ouverte", la considérer comme un foutage de gueule ou penser qu'elle nous ramène à ce qu'aura été la lecture de cette aventure : une belle et longue traversée en onanie, ce qui n'est déjà pas si mal. Girls reste l'une des très bonnes BD des dix dernières années, une saga qui plaît aux filles (pour sa dimension clairement féministe - les hommes y sont tenus pour ce qu'ils sont : de gros dégueulasses), aux mecs et aux autres. Une histoire qui touche à la fois les fans de comics, comme ceux qui ont plutôt l'habitude lire des romans.

 

Par Benjamin Berton
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