
{ Frédéric Dard, par François Rivière }
Frédéric Dard, sa vie sous l'occupation
Frédéric Dard était un écorché vif. Ses premiers écrits, en 1940, sont encore ceux d'un jeune homme immature. Mais l'occupation allemande et quelques mésaventures vont l'affranchir. A la libération de Lyon, il fait la connaissance d'un « commissaire de quartier », Grégory Alexinsky, qui va l'entraîner dans des équipées liées à l'épuration qui traumatiseront durablement Frédéric. On en retrouvera des traces dans les premières missions du commissaire San Antonio, en 1950 et 1951 ({Laissez tomber les filles}).
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L'adoption d'Abdel
J'ai eu le plaisir de déjeûner il y a quelques jours à Genève en compagnie de François Dard, la veuve de l'écrivain et de leur fils Abdel, âgé aujourd'hui de cinquante-et-un ans. Et j'ai pu mesurer la profonde affection entre celui-ci et la famille qui s'est offerte à lui à l'époque où l'auteur à succès aurait pu se satisfaire des retombées d'une gloire littéraire qui ne l'a en vérité jamais satisfait. Dard était un être inquiet qui ne parvenaient pas à oublier les années difficiles connues par sa famille. L'amour liant dans la fiction San-Antonio à sa chère maman, Félicie, démontre amplement les qualités humaines de Frédéric
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La tentative de suicide
Lors du tournage d'un documentaire sur sa vie et son oeuvre pour la série « un siècle d'écrivain », j'ai vu de mes yeux l'endroit où Frédéric Dard a tenté de mettre fin à ses jours. Il n'avait sans doute pas vraiment planifié sa « pendaison » - un « suicide de garçon de ferme », comme il le disait mais il avait eu envie, à l'issue d'une soirée très arrosée, de théâtraliser son mal-être. Il s'en est expliqué en 1967 dans un très beau texte, mi-fiction, mi-confession, intitulé {C'est mourir un peu}, dont personne ne parle jamais
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La rencontre avec Armand de Caro et sa fille Françoise
L'une des grandes rencontres de sa vie a bien sûr été, en 1950, celle d'Armand de Caro, fondateur des éditions du Fleuve Noir dont Frédéric est rapidement devenu l'auteur-vedette. De Caro est par la suite devenu le beau-père de Frédéric quand celui-ci a divorcé pour épouser Françoise, la fille unique de l'éditeur. Sa seconde femme a joué un rôle salvateur auprès de ce grand inquiet qui, lorsqu'ils vivaient dans leur ferme proche de Fribourg, pouvait rester trois jours sans adresser la parole à quiconque Il n'a jamais cessé d'affirmer que Françoise avait fait de lui « un homme en paix ».
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Drogué à l'écriture
Dès le milieu des années soixante, les ventes des San Antonio atteignirent des sommets. « {Si on me décernait ce prix Goncourt dont je rêvais étant jeune}, disait Frédéric avec un petit sourire, {cela voudrait dire que mes tirages s'effondrent } » Il affirmait toujours, ou feignait de le croire, que le succès immense de sa production le laissait indifférent. En tout cas, il écrivait sans cesse, et j'ai le souvenir, lorsque je séjournais chez lui pour les besoins de mon travail de biographe, du crépitement incessant de sa machine IBM à boule. Il avait besoin d'écrire comme un grand blessé a besoin d'oxygène.
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