
Les derniers romans de Douglas Coupland ont laissé un certain nombre de ses fans (mais pas nous) insatisfaits : répétition d'une méthode éprouvée, retour à l'époque , la spontanéité et la synchronie générationnelle en moins.... On pouvait effectivement se demander comment évoluerait la prose de celui qui, consciemment ou pas, avait donné aux années 80 et à leur génération X, une représentation quasi pure et parfaite. Douglas Coupland est toujours là et de plus en plus.
En marge de ses activités littéraires, en même temps ou en parallèle, Coupland a toujours taquiné l'art moderne, multipliant les expositions, les installations, les sculptures. Il avait ainsi proposé, il y a quelques années, une oeuvre monumentale et saisissante qui consistait à reconstituer grandeur nature la salle de bibliothèque du lycée ayant accueilli le massacre connu sous le nom de massacre de Columbine. Coupland avait réinstallé les chaises, les tables, les gobelets de café, puis fait tomber quelques chaises. Il avait ajouté à tout ça quelques marqueurs, sous forme de rectangles étiquettes numérotées, symbolisant les corps tombés pour rien.
Cette fois-ci, peut-être influencé par la mode Valérie Damidot, Coupland nous propose à la vente (dans une galerie canadienne) deux modèles de couvertures doudouilles, baptisées Corporate Safety Blankets, imprimées de dizaines de logos. L'idée (on suppose) est de se lover dans le tissu marqué comme on se réfugie d'ordinaire dans le consumérisme, à l'abri des grands noms qui font notre univers, notre confort et notre environnement. Pas dénuée de pertinence, l'initiative pose néanmoins une question con : est-ce de l'art ? Est-ce du Coupland ? Lorsqu'on aime un écrivain pour ses romans, est-il bien raisonnable de posséder une couverture qu'il n'a même pas tissée de ses mains ? Et si Coupland était lui-même devenu une marque ? N'apparaît-il pas en personne dans son roman J-Pod, comme un mythe, un deus ex machina ? Cette histoire de couverture pourrait, dans ce cas, passer pour la pire roublardise qu'on ait jamais rencontrée.
Le lecteur est un gogo, quelqu'un d'aussi idiot et influençable que n'importe quel fan de Tokio Hotel. Il lit comme il aime. Il lit comme il achète et vice versa.