
Chez nos voisins d'outre-Manche la loi vient d'être modifiée pour permettre aux juges de punir les détenteurs d'images "pédo-pornographiques" même quand celles ci ne sont pas des photos. Cette modification aurait pour but de lutter contre un phénomène qui prend de l'ampleur sur le net : la création par des pédophiles de modèles 3D d'enfants mis dans des situations érotiques dans de courts films ou sur des images fixes. N'importe qui peut en effet prendre quelques heureus pour apprendre à se servir d'un logiciel de modélisation 3D et parvenir à partir de modèles pré-existant à faire faire ce qu'il veut à des marionettes virtuelles à peu près convaincantes. C'est bien pour la création et la possession de telles images 3D qu'un britannique a été condamné en Octobre à dix-huit mois de travaux d'intérêt général et à suivre une thérapie. Les images étaient si réalistes, selon le jury, qu'elles pouvaient passer pour des photos.
Bien sûr le condamné n'était probalement pas totalement innocent. Il aurait déclaré n'avoir jamais eu l'intention de violer la loi et ne pas être attiré par les enfants. Cette dernière affirmation est quelque peu surprenante venant de la part de quelqu'un qui détenait des milliers d'images dessinée d'enfants que le juge a qualifiée de "mauvais goût et dégoûtantes mais parfaitement légale". On ne va pas pleurer sur le sort du condamné mais on est en droit de se poser quelques questions : quel mal a-t-il fait exactement ? Aucun enfant n'a été sa victime. Sans l'enquête de la police, cette histoire serait vraissemblablement restée entre lui et son disque dur. Et où le juge décidera-t-il à l'avenir de placer la ligne entre le légal et l'illégal ?
Les images incriminées ont été décrites comme ayant "des bulles, presque comme une bande dessinée". Si le problème est là, je suis coupable autant que le condamné pour la possession d'un exemplaire de de Robert Crumb (dont j'ai ici reproduit l'illustration coupable dans une version subtilement censurée) et pour une séquence du d'Alan Moore et Melinda Gebbie. En quoi une représentation picturale non "réaliste" de la pédophilie est-elle moins "grave" ? Pourquoi pourrait-on tout décrire avec des mots mais pas avec des images ? Où se trouve la limite entre pornographie et art ? Plutôt que de débattre de ces questions, on ferait mieux de très pragmatiquement s'inquiéter du fait que ce genre de loi (qu'on supposera si on le veut comme "bien intentionnée") finit toujours tournée ou détournée en outil de censure. N'allez pas croire qu'aucune association de famille bien pensante n'a repéré le potentiel qu'elle représente pour elle.
Par Cédric Le Merrer Follow @GoldfishFight