
Harry Potter, c'est fini. Du moins sous la plume de J.K. Rowling. Aux fans, désormais, de faire marcher leur imagination grâce à Pottermore, le portail officiel destiné aux lecteurs de la saga qui ouvrira en octobre prochain. Il s'agira, comme l'annonce Rowling elle-même sur la vidéo-teaser déjà visible sur le site, d' « une expérience de lecture en ligne. C'est la même histoire, avec quelques additions. La plus importante, c'est vous ! » Comprendre : il y a de fortes chances qu'on y trouve une section fan fiction, ou fanfic. Autrement dit un espace où les « Potter-addicts » pourront poster des textes s'inspirant de l'univers du sorcier (suites, prequels, aventures parallèles, etc.).
Si le phénomène n'est pas nouveau (les premiers exemples remontent aux années 50-60, avec des versions alternatives du ou de Star Trek), c'est la première fois qu'il trouve une telle forme de légitimité : là où certains écrivains pourraient se sentir dépossédés de leur création, Rowling a pris le parti d'encourager les fans. C'est également le cas de stephenie meyer, qui ne manque pas une occasion de saluer le « talent » et « l'énergie » de ses lecteurs quand ils s'essaient à l'exercice. Il faut dire que les deux écrivains auraient du mal à condamner la chose : elles doivent une part importante de leur succès à des admirateurs très actifs sur la toile, via forums et autres blogs.
Difficile de mesurer l'ampleur de cette tendance. Le Time, qui se penchait récemment sur le phénomène, indique que le site fanfiction.net (le plus important du genre, même s'il en existe beaucoup d'autres) recense plus de deux millions de textes étiquetés fanfic, de la petite nouvelle au gros pavé - la section Harry Potter en comptant, à elle seule, plus de 500 000. A côté, la version française du site (fanfiction-fr.net), avec ses 20 783 histoires à l'heure où nous écrivons, fait certes un peu pâle figure. Mais cela ne signifie pas grand-chose, d'abord parce que les amateurs préfèrent souvent les espaces consacrés uniquement à leur passion que les plateformes généralistes.
Un tour sur hpfiction.org, dédié à la « Potterfiction », nous montre ainsi qu'en matière de création, les Français ne s'en sortent pas si mal. Quelques exemples : « Bienvenue à Poudlard, cent cinquante ans après Harry Potter. Sexe, rock, drogues, amour et vengeance mènent la danse, cachés derrière le masque des VIP de l'école... » Ou quand la sorcellerie rencontre Gossip Girl, par Crazzyfeathers. Massaline, elle, propose une version queer de la saga, avec un Drago Malefoy (le rival décoloré d'Harry) devenu président de la « première Association de défense des sorciers homosexuels » et un Ron Weasley (le roux) qui, sans Hermione, se cherche (et finit par se trouver). Côté Twilight, les idées ne manquent pas non plus, à l'image de Patiichon sur fanfiction.net qui s'interroge : « Et si Bella n'avait pas épousé Edward ? Et si elle l'avait quitté ? Et si elle avait vieilli normalement ?... »
Et si... cela embêtait les ayants droit, de voir les fans faire ce qu'ils veulent avec leurs personnages, qui relève de la propriété intellectuelle ? On se souvient qu'un admirateur russe de J.R.R. Tolkien avait été tenu par l'éditeur exclusif de respecter les lois du copyright après avoir la diffusion d'une version alternative du . La loi française reste, sur ce point, très évasive, les oeuvres parodiques étant autorisées chez nous (cf l'affaire des parodies de Tintin par Gordon Zola). De plus, la fanfic n'a, dans son immense majorité, aucun intérêt commercial. Sinon, bien sûr, la publicité gratuite qu'elle génère pour les livres originaux. J.K. Rowling, milliardaire et businesswoman émérite, en a sans doute bien conscience.
Photo © CATERS NEWS AGENCY/SIPA : Steve Petrick, 22 ans, est considéré comme le plus grand fan d'Harry Potter au monde. Il est en possession de centaines d'objets relatifs à l'univers du sorcier, et arbore pas moins de 4 tatouages y faisant également référence. Aucun doute, "Potty Steve" fait partie des lecteurs qui ne se remettent pas de l'annonce de la fin de la saga.
Par Thomas Stélandre