
Ne lui dîtes surtout pas qu'Eugène Ionesco est roumain. Marie-France Ionesco, fille et unique héritière de l'écrivain, s'efforce en effet par tous les moyens de faire entendre le contraire, rapporte un article du quotidien roumain le Cotidianul, repris dans le Courrier International.
Ses arguments ? Ionesco a quitté la Roumanie, c'est en France et en français qu'il a écrit - le français étant d'ailleurs la première langue qu'il aurait appris. Pas question alors, pour la fille, de voir célébrer son père en Roumanie sous le nom d'Eugen Ionescu et en temps qu'écrivain roumain. Le Cotidianul ne semble pas prêt à faire disparaître si facilement les origines du dramaturge, qui non seulement a suivi ses études en Roumanie, mais fut également, une fois installé en France, attaché culturel du gouvernement d'Antonescu à Vichy.
"J'en ai assez que les origines roumaines de mon père soient exhibées comme un boulet". Car au regard de l'histoire, qui dit roumain dans les années 30 dit potentiel fasciste. Ainsi certaines recherches associent-elle l'auteur de aux "rhinocéros" - le nom donné aux fascistes du régime Antonescu. D'autres explorent la piste d'une complicité fascisante, qu'il aurait partagé avec Cioran et Mircea Eliade. En voulant étouffer à tout prix les origines roumaines de son père, Marie-France Ionesco n'incite-t-elle pas justement les chercheurs à s'y intéresser d'encore plus près ?
Par Céline Ngi Follow @Fluctuat_livres