Etes-vous Binet ou Kenig ? Le duel Hollande vs Sarkozy version littérature

27/08/2012 - 15h49
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D’un côté Laurent Binet, auteur qui fait le récit de la campagne de François Hollande dans Rien ne se passe comme prévu. De l’autre, Ariel Kenig, qui prend Pierre Sarkozy comme point de départ de son dernier roman, Le Miracle. Deux façons d’aborder la politique dans la littérature au banc d'essai.
L'auteur
Benjamin Berton

Cela fait des semaines qu’on nous rabat les oreilles avec Rien ne se passe comme prévu, futur roman de coulisses écrit par le jeune Binet (un cas, celui-là….je sais, elle est facile) dans les jupes de Valérie Trierweiler et du président François Hollande. Après Heydrich, Hollande évidemment, cela vous pose un écrivain, mais à quoi est-ce que cela rime de s’arrimer ainsi aux puissants pour pondre des histoires ? J’entends déjà mon Olivier Adam qui dit que ce n’est pas du jeu. Encore quelques uns comme ça et nous allons devoir pondre un Dogme à la française pour ramener tout le monde dans le rang : pas de personnages célèbres ou people, pas de voyages à l’étranger, pas de télévisions ni de mise en scène de personnages médiatiques, etc.


Serge Moati en moins vachard

Bon alors, comme il fallait s’y attendre, le "roman" de Laurent Binet est un truc pour les gens qui empruntent à la bibliothèque et aiment bien la politique. En littérature, comme dirait Christine Angot, "ce n’est rien, mais alors rien", une sorte de regard en coin sous les jupons du président à venir, un taquinage de mystère à deux sous qui n’arrive rien à rien si ce n’est à réussir (et rater) des formules toutes faites servies par les sidekicks du candidat pour la postérité. Binet fait nettement mieux que Yasmina Reza qui avait le tort de tomber amoureuse de Sarkozy en lui comptant le morpion, mais cela ne sauve pas l’entreprise. Hollande a sans doute le bouquin qu’il mérite : une sorte de Guerre des Gaules pour présidence normale, un documentaire de Serge Moati en moins vachard et intelligent. Qu’on s’entende bien toutefois (on ne veut se mettre mal avec personne), ce truc là se lit et plutôt avec plaisir. Binet est fin comme le lin et sait ce qu’il peut raconter. Il se paie deux ou trois audaces mais cela fait cher le roman de rentrée. Mieux vaut à tout prendre s’acheter le Snuff de Palahniuk. Le gang bang est plus réussi.


Mais Binet n’est pas tout et il y a aussi, avec le recul, un autre livre politique qui mérite de revenir d’entre les morts du mois de mai ou juin, c’est Le Miracle de Ariel Kenig. Kenig qui avait signé un roman autour du film New Wave de Gaël Morel, aurait fait un Binet de premier ordre : gay, parisien et de gauche, fragile comme pas un et d’une préciosité qui enchante. Ses romans sont légers comme des plumes (de paon) et d’une délicatesse (mais pas celle de Foenkinos, la vraie) intellectuelle qui ne se rencontrent pas souvent. Cette fois-ci, Ariel Kenig hérite par l’intermédiaire de son héros des photos de vacances de Pierre Sarkozy sur un yacht et une île au Brésil. Pour ceux qui s’en souviennent, le DJ de la République avait fait l’objet de quelques dépêches à l’époque pour avoir échappé à une coulée de boue lors d’une fête galante sur une île brésilienne.


Un émouvant portrait en creux de l'ère Sarkozy

Kenig fait son livre autour de ça et de l’impact de la représentation (de Sarkozy, du pouvoir) sur les foules (et l’individu). Le héros hérite de ses photos sémiologiquement compromettantes (elles mettent en scène le luxe et la richesse de la dynastie) et va tenter de les fourguer à la presse people. Le livre est court (152 pages), poids plume, mais remarquable dans sa manière de ressusciter, pour un temps qu’on espère très court, l’obsession qu’on a tous eue et vécue pour notre ancien président. Le héros est évidemment obsédé par ce que les photos représentantes, par la dégaine, le style et la portée du personnage Sarkozy. Alors que Binet pose son objectif littéraire sur le bedon rebondi de Hollande, lui compte les points noirs et filme de près, Kenig réalise un portrait en creux de l’ère Sarkozy qui est autrement plus émouvant et communicatif pour le lecteur. Il donne en cela une belle leçon de choses qui consiste à dire que la politique n’est pas un spectacle mais bien une émotion qu’on rapatrie dans sa vie de tous les jours. Le héros de Kenig est hanté, porte la politique en lui, tandis que celui de Binet a juste les yeux ouverts. En littérature, c’est aussi un monde de différence : entre celui qui écrit les yeux ouverts et celui qui écrit les yeux fermés, on a toujours préféré le second. Kenig contre Binet donc et le premier qui fait aussi bien avec tout de même dix fois moins de moyens et d’effets spéciaux. Si Le Miracle est le dernier roman (connu) qui met en scène (Pierre et pas Nico) la galaxie Sarkozy, il mérite bien un feu d’artifices.

Par Benjamin Berton
COMMENTAIRES
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Et alors juste à voix basse, et pour que votre piquant article, M'sieur Berton, soit tout à fait bien: on dit REbattre les oreilles (rabattre, c'est éventuellement en chirurgie et seulement pour les oreilles décollées).
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Anonyme | le 29/08/2012 à 20h35 | Signaler un abus
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Mouais... de la toute petite littérature, malgré la tentative de transcrire "le-monde-tel-qu'il-va". Et puis pfff, le Binet, c'est quand même super mal écrit...
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Anonyme | le 29/08/2012 à 01h35 | Signaler un abus
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