Envies d'utopie : le Yellow Submarine en ébullition cérébrale

18/07/2008 - 10h21
  • 0
Envies d'utopie : le Yellow Submarine en ébullition cérébrale

 

Yellow Submarine a beau être la revue de SF française la plus ancienne (1983), ce n'est pas nécessairement la plus connue du grand public, ce qui est malheureux, compte tenu de l'extrême qualité de ses contributions et contributeurs. La revue actuelle qui paraît (si je ne me trompe pas) au moins deux fois par an regroupe désormais sous forme d'une revue-livre des articles autour d'une thématique comme les extraterrestres, une ville, ou cette fois-ci la notion d'utopie. Le recueil qui sort aux Editions Moutons Electriques est le numéro 133 de la revue mais aussi celui qui célèbre le 25ème anniversaire de sa création. Pour l'événément, le thème des utopies tombe à pic puisqu'il permet d'élever le débat vers ce qui se fait de mieux en la matière, mêlant investigations historiques, approche géo-sociologique (les villes) et variations journalistiques sur des mouvements sociaux qui ont vécu de et par l'utopie.

 

 

 

Le numéro de 190 pages est moins SF que réflexif cette fois, comme si l'âge avait fait gagner tout le monde en raison philosphique. L'introduction du fondateur du titre, André François-Ruaud situe le débat dans une vision politique qu'on ne partage qu'à moitié : la notion d'utopie aurait été battue en brèche après que les grandes utopies se soient révélées des désastres pour l'homme, à moins qu'on ne les ignore parce qu'elles disent... la vérité d'un monde que "certains" ne veulent pas voir advenir. On caricature à l'extrême la vision portée par l'édito en disant cela mais on peut regretter tout de même que le texte introductif ne soit pas à la hauteur analytique des articles qui suivent. Si l'utopie ne prend plus, à mon sens, c'est qu'elle a été défaite par la réalité et non parce qu'elle est étouffée. L'utopie, entre autres, souffre de deux maux qui sont assez anciens : la mort (politique, technique, philosophique, biologique) du rêve qui affecte l'enfant et l'adulte; le transfert du songe du réel fantasmé vers le fantasme du réel (en clair, l'onirique a versé dans le 7ème art, technique qui n'en permet pas par principe l'actualisation).

 

 

 

Utopies en Vrac

 

 

 

Ceci étant dit, ce numéro 133 est une mine d'informations et de révélations qui font le sel de cette excellente revue. Marie-Pierre Najman propose un article un peu didactique sur la typologie des utopies et nous aide à poser nos idées. La revue devient carrément emballante lorsqu'on arrive à la section des cas pratiques : la Cité du Soleil de Tommaso Campanella (passionnante évocation de Ullo Bellagamba) et surtout l'article-phare du recueil, un développement de François-Ruaud sur les villes utopiques réelles et fantasmées. L'article titré "Helvéties rêvées, Helvéties réalisées. De l'utopie comme espace de vie." est impeccable, savant mais pas trop, soutenu par une iconographie intéressante et délivre un message qu'on ne répétera jamais assez : il manque de la géographie dans la littérature générale, de l'analyse des lieux comme porteurs de valeurs et de pensée civilisationnelle. L'auteur dans un méli-mêlo pardonnable nous livre en pâture une bonne dizaine d'utopies qu'on découvre avec lui les yeux embués et des rêves pleins la tête. Chaque aventure mériterait un roman tant on a envie de se plonger dans chacune des expériences qui sont évoquées ici.

 

 

 

Plus loin, Max Renn, alias secret de notre collaborateur et ami Maxence Grugier, tire le portrait de tribus utopiques venues de loin : les Zippies technophiles psychédéliques et Ferals, écotopistes techno australiens. Les deux articles ont l'avantage de donner les clés de ces deux mouvements assez célèbres dans le monde anglo-saxon et qu'on n'aura jamais la chance de découvrir ici que dans Tracks peut-être ou, un jour d'égarement, dans les pages Voyages du Figaro Madame. Les portraits sont précis et décrivent un peu trop brièvement peut-être pour qu'on y soit vraiment, ce qu'il faut savoir d'essentiel sur ces groupes hauts en couleurs.

 

D'une manière générale, on pourra reprocher à ces Envies d'Utopies de manquer un peu de cohésion et d'homogénéité (le thème aurait gagné à être circonscrit, à moins que s'agissant d'utopie, le choix de naviguer autour ait été pris sciemment) mais surtout pas d'idées et d'anecdotes. On entre dans chaque article avec l'idée qu'il va s'y passer quelque chose et on rentre verni, ce qui est déjà pas mal. Yellow Submarine est une revue précieuse parce qu'elle fouille et creuse là où beaucoup ne fourrent pas le nez, mais peut-être aussi, parce qu'elle n'a pas l'ambition de nous imposer une vision éditoriale trop dogmatique des thématiques qu'elle aborde. Cette qualité est son principal défaut.

 

 

 

Vos commentaires

Toutes les rubriques
  • Cinéma
  • /
  • Société
  • /
  • Livres
  • /
  • Télé
  • /
  • Musique
  • /
  • Expos
  • /
  • Forum
articles les + lus
  • la télé qui vous veut du bien La feel good tv, la télé qui vous veut du bien
  • Ces choses à savoir avant un entretien d’embauche
  • BP : la faune marine mutante inquiète
  • Obiwan Kenobi arrêté par la police
  • Si Wes Anderson avait réalisé Battleship Si Wes Anderson avait réalisé Battleship
  • Fast & Furious résumé à ses changements de vitesse
  • rap gay Rap et homosexualité : le début du coming out ?