Drive, le film fait un carton : et pas un mot sur James Sallis, l'auteur du livre...

14/10/2011 - 11h42
Drive, le film fait un carton : et pas un mot sur James Sallis, l'auteur du livre...

Pas un mot sur James Sallis, dans l'impressionnante promo qui accompagne la sortie de Drive, le film de Nicolas Winding Refn. L'immense écrivain américain est tout de même à l'origine du livre qui inspira le scénario du film réalisé par Refn. Oubli ou méconnaissance ? James Sallis est pourtant un outsider dans l'univers du polar contemporain, l'un des plus novateurs et radicaux du genre.Drive est dans les salles depuis le 5 octobre, et fut encensé par la critique dès sa présentation à Cannes. Ici et là, on salue son sens du rythme, son art du montage, son côté formel, son respect pour l'aspect classique des clichés de la série B aussi, ainsi que son côté premier degré pas prétentieux, de "bon petit polar urbain". Parmi ce concert de louanges, tout le monde semble oublier ce que le film doit à l'écriture de James Sallis, caractéristiques techniques (montage, mise en scène) comprise.Drive n'est pas le meilleur Sallis. De fait, c'est plutôt un exercice de style pour son auteur qui se frotte ici au canon du polar classique. Court, nerveux, taiseux (comme le personnage principal incarné par Ryan Gosling dans le film) Drive le roman a tout du parfait scénario. Il permet à son auteur de jouer avec les codes du roman noir, tout en plongeant le lecteur dans l'univers autiste d'un héros qui ne dit mot. C'est aussi certainement le roman le plus cinématographique de Sallis. Son découpage, ses scènes violentes décrites avec calme et minutie, font partie de l'arsenal littéraire d'un écrivain unique -; il faut bien le dire -; dans le monde du polar, qui évoque parfois le croisement incongrue de Samuel Beckett et Mickey Spillane. Reste la puissance des images évoquées par l'écrivain américain, qui en feront le projet d'adaptation idéale. "Dans un motel de Phoenix, un homme est assis, le dos au mur d'une chambre, et il regarde une mare de sang qui grandit à ses pieds." Ainsi commence Drive, l'histoire, selon James Sallis, d'un homme qui "conduit le jour en tant que cascadeur pour le cinéma, et la nuit pour des truands". En quelques lignes, tout est dit. L'écriture de Drive appelle à imaginer un film qui mise tout sur la forme. Car chez Refn, comme chez Sallis on ne s'étend pas sur les explications, tout n'est qu'images, descriptions et poésie de l'action. L'art du zen appliqué aux préceptes du casse et de la course poursuite automobile en somme. Polar décharné, méritant les qualificatifs aussi antinomiques que "méditatif", "cruel", "violent" ou "contemplatif", Drive, le film, doit donc tout à Drive le livre. Et même s'il peut sembler une parenthèse dans la bibliographie de son auteur, il serait juste que le succès en salles du film (500.000 spectateurs en première semaine) contribue à faire connaître en France l'oeuvre d'un écrivain atypique, l'un des maîtres du roman noir contemporain.Dossier : Le polar américain, région par région

Par Maxence Grugier

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