Don Juan (raconté par lui-même) de Peter Handke

26/04/2007 - 14h54
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L'auteur
Benjamin Berton

    Don Juan est un si bon personnage qu'il est à peu près impossible d'en faire quelque chose de mauvais. Au théâtre, en roman, ou film, la simple évocation du mythe et de ses aventures, qu'ils fussent rendus "à l'identique" ou transposés dans n'importe quel contexte (il y a des Don Juan dans l'espace, des Don Juan gays, des Don Juan animaliers), réussit à présenter un intérêt suffisant pour qu'on puisse "broder" en soi sur l'archétype et se monter le bourrichon. Certains se souviendront même d'un film où Delon campait un Casanova (variante sur le Don Juan) vieilli et vieillissant qui tentait de séduire Elsa. Même ce film était regardable, c'est dire. Les personnages qui sont plus forts que les histoires qu'on peut raconter sur eux sont des créations précieuses et qui ne sont pas des millions : Dracula, Roméo et Juliette, Jésus, Superman, Ulysse entre autres. Le Don Juan d'Handke se tient dans sa modernité et sa tentative de faire de Don Juan un homme en fuite. Peut-être est-ce que l'écrivain de Carinthie n'insiste pas assez sur la superbe du grand homme ou s'enferre parfois dans une langue et des démonstrations fumeuses mais on lit cette variation d'une centaine de pages (Don Juan en Ile-De-France, raconté par un cuisinier) avec grand plaisir. Ce passage est particulièrement réussi :

    " Vraiment, dans le temps d'avant le deuil qui l'avait frappé, il avait été évident pour Don Juan qu'on le serve. Chaque nouvelle connaissance se voyait bientôt en quelque sorte, faire partie d'une domesticité de dimension mondiale. Comme si de rien n'était, Monsieur l'envoyait chercher un livre, un médicament, un objet oublié à la station précédente. Il n'y avait pour cela pas même besoin d'un ordre, une simple allusion suffisait : "J'ai oublié mon chapeau à..." (D'autre part Don Juan ne demandait rien non plus - il y avait à satisfaire à sa constatation, tout simplement). Il est vrai qu'en un tournemain il pouvait tout aussi bien devenir le serviteur de son vis-à-vis, d'un familier aussi bien que d'un inconnu. Et comme il servait ou plutôt se mettait au service ! Chaque fois, c'était d'une façon muette et spontanée d'apporter, d'assister ou de mettre la main à la pâte, discrètement et sans prendre une attitude de domestique, une fois le geste accompli comme en passant, redevenu aussitôt anonyme, l'assistant même redevenu anonyme. Et ceux qui étaient servis par sa provisoire domesticité ou assistance la constataient à chaque fois sans surprise. OU plutôt cela se faisait sans que cela se remarque et était aussi peu remercié que récompensé. Et pourtant sur ceux à qui il apportait son aide, il faisait plus d'effet qu'un valet muer, incomparablement plus. "

     

    Illustration : Brigitte Bardot/ Jane Birkin dans Don Juan 1973 Alain Delon; dans Le retour de Casanova (et si Don Juan était une femme...)

     

    Par Benjamin Berton
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