
Imaginez une ville où il n'y aurait quasiment plus un seul homme. Imaginez des veuves et des jeunes filles, livrées à elles-mêmes, remplies des pires lubies et atteintes d'une grave hystérie... Une vieille femme perd la boule, une nymphomane se consume d'impatience, un prêtre lubrique échaffaude des mauvais plans.
Bienvenue à Mariquita : un village de Colombie vidé de sa population masculine depuis que d'impitoyables guérilleros sont passés par là, tuant ou enrôlant de force tous les hommes "en âge de combattre". Privées de fils, de frères et de maris, les femmes s'organisent tant bien que mal, tantôt faisant preuve de logique et de courage, tantôt entreprenant les solutions les plus absurdes.
, premier roman de James Cañon, est l'un de ces récits baroques comme la littérature sud-américaine sait si bien en produire (Carlos Fuentes, Julio Cortazar, Vargas Llosa). Le jeune auteur écrit certes en américain - sa langue d'adoption depuis qu'il vit à New-York - mais ses personnages et ses descriptions nous ramènent à un exotisme cocasse et familier, fait de manguiers et de galettes de maïs, de grosses femmes dévotes et d'enfants désaxés.
En même temps, si les tribulations des habitantes de Mariquita prêtent souvent à sourire, le texte garde néanmoins sa part de gravité : c'est de son propre pays dont parle James Cañon. De cette Colombie qu'il a quittée, ravagée par des années de guerilla, en quête d'une paix et d'une stabilité pour le moment assez compromises...
En dépit de quelques longueurs, Dans la ville des veuves intrépides a le mérite d'entraîner facilement le lecteur dans son univers attachant, souvent drôle mais parfois âpre, et où l'on n'a pas d'autre choix que de laisser aux femmes le dernier mot (nous reparlerons bientôt de cet étonnant récit sur Fluctuat).
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Par Céline Ngi Follow @Fluctuat_livres