
Les héroïnes de bande dessinée ne sont pas si nombreuses. C'est pourquoi il est important de saluer, sur un mode rigolard et détendu, soutenu par un style gentiment cartoony, l'arrivée sur le marché de la Delilah Dirk de Tony Cliff. La BD ne mange pas de pain, n'est pas animée d'ambitions autres que de distraire et de détendre, mais repose sur un trait dynamique et un scénario soigné qui fait penser à ces films d'aventures des années 80-90 où un duo homme-femme (genre "A la recherche du Diamant Vert") se payait une tranche d'aventure dans la jungle ou ailleurs et était confronté aux pires tourments.
Pour ce premier tome d'une saga prometteuse, Tony Cliff met en scène son aventurière Delilah Dirk, au début du XIXème siècle à Constantinople. Delilah qu'il décrit après une hilarante scène introductive est une jeune femme libérée en terre musulmane. Elle a été élevée en partie en France, a voyagé tout autour du monde, est d'origine anglaise et a surtout appris à manier toutes les armes. Elle se retrouve de surcroît dépositaire d'étranges secrets de la science comme celui de pouvoir faire voler ou léviter un bateau, ce qui est bien utile quand il s'agit d'échapper à un sultan haineux. Dans ce premier épisode donc, baptisé Delilah Dirk et le Lieutenant Turc, Delilah fait la connaissance d'un acolyte qu'on retrouvera sans doute dans les autres livres et qui est un ancien lieutenant du sultan. L'homme fait le thé à merveille et interroge Delilah qui se fait la malle et le fait passer pour un traître aux yeux de sa hiérarchie. Du coup, les deux s'acoquinent et deviennent compagnon de voyage. Ils partent ensuite (c'est la véritable « mission » du livre) châtier un pirate sanguinaire qui a pillé les bateaux d'un commerçant ami de Delilah. La trame de Delilah Dirk est sans surprise, cousue de fil blanc mais cela fonctionne bien car le personnage principal est attachant et bien mis en relief dans sa démesure et ses outrances par la confrontation avec le lieutenant turc, décontenancé, rêveur et loin de ses bases. Du coup, on tient un tandem attachant, énergique et qui fait rire. On devine qu'elle sera l'issue de la mission : des embrouilles, des coups de génie. Il y a des combats à l'épée, des explosions et des rebondissements, des fuites, des temps de pause, etc. Tony Cliff réussit une BD hautement sympathique et qui ravira un public plutôt jeune ou alors des lecteurs nostalgiques de ces aventures un brin naïves d'il y a quelques décennies.
On ne prendra pas Delilah Dirk pour autre chose que ce qu'elle est : un petit divertissement agréable en 88 pages. C'est déjà pas mal. La touche féministe sous-jacente (l'histoire se passe en terre d'Islam) amène un surcroît d'intelligence que les prochains tomes (le 2 est annoncé pour janvier 2012) développeront sûrement. On sera là.Tony Cliff, Delilah Dirk et le lieutenant turc, éditions Akiléos, 2011.