
Un autiste à qui je disais faire des études de lettres me demanda : " Tu veux devenir facteur ? " Qui sait, peut-être aurait-il raison ? Le chômage respirait un air pur dans les sommets. Pourtant, je ne me sentais pas inquiet, ici, protégé à l'ombre des livres et des jeunes filles. Dans les amphithéâtres de la Sorbonne, je respirais ces visages féminins qui ne resteraient que des visages. Cela suffisait à mon bonheur, et au bonheur de mes songes. J'écoutais des théories en contemplant des nuques troublées par des mèches. Toutes ces féminités studieuses étaient le futur comme je me l'imaginais. Certaines sont devenues mes amies, souvent par défaut. Certaines sont restées des inconnues. Et dans la panoplie des visages, je me souviens de son visage. Quand on l'a découvert à la Une des journaux, je l'ai reconnue immédiatement. C'était elle. Au début de l'année précédente, elle était restée très peu de temps à la faculté de lettres. Elle avait disparu avec la première vague de ceux qui désertent à l'approche de l'hiver. Je l'avais revue quelquefois jusqu'à l'été dernier. J'ai acheté le journal. Je me suis senti déraciné par le choc, loin de moi."
C'est exactement ce que je vous disais. Trop intelligent pour être honnête.
Coeur autonome de David Foenkinos
Par Benjamin Berton