
L'affaire DSK qui écrase depuis deux jours maintenant l'actualité est évidemment une affaire politique mais, comme tout bon scandale d'état, n'est pas dénuée de portée culturelle et littéraire, puisque c'est ce qui nous intéresse. Si on ne sait rien des lectures de Dominique Strauss-Kahn, ni des goûts de l'autre protagoniste de cette histoire Nafissatou Diallo , on ne peut que constater que le scénario de la réalité fait appel, comme dans un feuilleton ou un roman, à des éléments de storytelling qui relèvent autant de la série TV que de la fiction littéraire.
Il y a évidemment, en marge du drame, cette image d'un DSK érotomane qui renvoie à bien des représentations du bourgeois obsédé sexuel, chez Sade évidemment mais aussi Diderot, Thackeray.
L'homme est là, mi-singe, mi-costumé de près, sorte de Jekyll et Hyde susceptible de passer de l'un à l'autre (le costume à 10 000 euros et le maillot de poil), de sortir littéralement de son corps comme un personnage transformiste (on pense à Hulk ou au Hyde de de Moore) pour fondre sur sa proie. Le délire sexuel évoque les personnages de Palahniuk et notamment les sex-addicts qu'il a été le premier à décrire avec cette précision rigolarde.
L'histoire est littéraire par la petite porte, parce qu'on tient aussi dans l'arrière-boutique une plaignante en réserve, Tristane Banon, écrivain relativement obscure et dénuée de talent dont les extraits des romans sur le net ne font pas envie. Tristane Banon et Hyde DSK, le Dominique en gros Golem Frankensteinien (sans anti-sémitisme, on imagine son corps en pâte à modeler, argile graisseuse, couvert de longs poils blancs de chèvre des cîmes, gras de muscles et d'énergie tendue).
Littéraire donc dans sa sortie de douche, ridicule et priapique qu'on retrouvera pour de vrai (et donc fausse) dans le Motel Art Improvement Service de Jason Little (prochainement sur notre écran) où un client répète par anticipation cette scène identique : agression, sortie de douche, séquestration ratée, le tout en une page et quelques bulles. Comme quoi, la réalité ne fait jamais que copier la fiction.
Et puis bien sûr, et comme une évidence, la femme de chambre, trop vraie pour être réelle, qui vient titiller la bête par son être-là, son être-fantasme, ni vue, ni connue (ni photographiée pour le moment), noire semble-t-il, encore pire pour son matricule, si on ose dire, et zou, voilà 1900, Mirbeau qui débarque avec cet extrait glorieux et qui dit ce qu'il dit : "Moi que la richesse opprime, moi qui lui dois mes douleurs, mes vices, mes haines, les plus amères d' entre mes humiliations, et mes rêves impossibles et le tourment à jamais de ma vie, eh bien, dès que je me trouve en présence d' un riche, je ne puis m' empêcher de le regarder comme un être exceptionnel et beau, comme une espèce de divinité merveilleuse, et, malgré moi, par-delà ma volonté et ma raison, je sens monter, du plus profond de moi-même, vers ce riche très souvent imbécile et quelque fois meurtrier, comme un encens d' admiration. Est-ce bête ?.." (Journal d'une femme de chambre)
Est-ce qu'on en fait trop ? Il faut avouer que les signes sont là.
Lire aussi : DSK, une affaire littéraire (2) : ce qu'en feraient Palahniuk, Sollers ou Houellebecq
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Par Benjamin Berton