
Sur la quatrième de couv', ces deux phrases aussi éclatantes et glaciales qu'un croissant de lune hivernale : « Vous comprenez, il fallait vraiment que j'aille en enfer. J'avais, pour ainsi dire, le mal du pays. ». Telle est la trame de cette nouvelle qui nous ballade en 80 pages des restaurants huppés de Manhattan aux bouges de Hong-Kong, avec arrêt momentané en pleine jungle. Tel sera le ton aussi. Celui, inimitable, de Nick Tosches, l'homme qui a le mieux fait entendre les remugles de la sous-culture américaine ces dernières années. Confessions d'un chasseur d'opium est un joyau méconnu. Il date de 2001. L'écriture possède ce dénuement implacable qui frappe aussi bien au plexus qu'à l'imaginaire. Il suffit à Nick Tosches d'à peine deux, trois descriptions bien pesées pour jouer une symphonie baroque des plus succulentes. Le sordide s'y ébroue avec le plus abject raffinement. Pas de demi-mesure, c'est le prix à payer pour atteindre le « paradis artificiel ». La caractéristique principale de cette nouvelle résidant dans son inversion des valeurs bibliques. Comme si le Paradis, se reflétant dans un miroir, était devenu l'Enfer.Car, cela ne trompe pas ce poète égaré célébrant Homère comme « le premier et le plus grand de tous les poètes ayant fait l'expérience de la céleste drogue », c'est bien Manhattan qui, en troquant ses habits sombres pour des fringues huppées, ressemble le plus à l'enfer. Bien plus que la « dernière fumerie d'opium », qui s'apparenterait à un lieu où le narrateur se sent enfin chez lui. En cette morne saison, Confessions d'un chasseur d'opium ressemble à une offrande idéale, quoique venimeuse. En tout cas, parfaite pour attendre l'imminente sortie (janvier 2006) du prochain Nick Tosches, "Le Roi des juifs".Confessions d'un chasseur d'opiumNick Toshes, éd. Allia, 200180 p. - 6,10 €
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