
Joël Houssin, c’est un poème à lui tout seul. Romancier de science-fiction et de polar révélé au grand public par la saga du Dobermann, la plus grande (et moderne) série de polars des années 80, la plus saignante, fulgurante, démente, adaptée plus tard avec Houssin au scénario par l’allumé du bocal (à champignons) Jan Kounen. Houssin, donc, c’est un pedigree policier qui ferait pâlir d’envie Manuel Valls (hi, hi) et l’histoire d’une disparition des plus troubles. Cela fait quasiment 20 ans que l’homme n’a plus rien sorti et travaille pour TF1 où on lui… doit, outre la paternité de l’estimable David Nolande, une flopée de téléfilms assez nuls et d’épisodes inénarrables de la série artisanale (et artichaut) les Bœufs Carottes. Houssin est un mystère, une sorte de bâton de dynamite parti noyer son étincelle dans un cocktail de l’ambassadeur de peur de mettre le feu à la planète entière.
Et puis il y a Loco. Le joli habillage de Ring met en avant le contenu explosif du matériau, justement, en indiquant qu’on tient dans la main 240 pages de nitroglycérine. Et c’est à peine exagéré : Loco est une bombe et un concentré de violence anticipatrice. Sans rien révéler (pas de danger), disons que Houssin nous plante un décor qui ferait passer Mad Max et New York 1997 (et suivants) pour une adaptation de Oui-Oui.
Le monde a implosé suite à un ou plusieurs accidents nucléaires. Il s’est recomposé autour de deux populations duales : les Rescapés qui ont la santé, les idées, les armes et vivent une vie un brin totalitaire (se soigner, se reproduire sur commande, etc) mais luxueuse, dans des bunkers cités bien équipées ; et des sous-hommes désorganisés et atteints de maladies post-nucléaires plus ou moins remarquables qui vont du simple cancer à des déformations physiques et mentales majeures.
Au milieu de tout ça, et c’est ce qui fait le génie de Houssin ici, des zones intermédiaires peuplées de gangs, de clodos, de Spirites ou de Rôdeurs azimutés, représentant toutes les strates d’une société de classe. Loco raconte par le menu comment les deux univers vont entrer en guerre et comment le second va submerger le premier.
Une fois que l’on a dit ça, on n’a qu’une petite idée de ce qui nous attend avec Loco. La première séquence est celle d’un assaut donné par une bande de punks ploucs contre le centre de loisirs des Rescapés. C’est un démarrage admirable, plein d’espoir et de sang, un démarrage cruel et grandiose qui installe le livre dans ce qu’il a de meilleur : une anticipation affûtée mais nucléaire, au sens où elle ne s’embarrasse pas de détails et d’explications.
Houssin écrit superbement et n’a pas son pareil pour faire exploser les corps en mille morceaux dans un style efficace et presque poétique. Les insurgés se regroupent autour d’un leader charismatique, ancien cireur de chaussures (marchand de scorpions en fait), dont la transformation nous réserve l’une des plus belles surprises de ce roman. Il y a également (il faut ça) un duo comique-télévisuel qui assure la dimension farcesque du récit et puis quoi d’autre : la fin du monde ou l’avènement d’un nouveau. Jusqu’au bout, Houssin nous tient en haleine, nous secoue et nous fout de grands coups sur la tête. Certaines scènes sont à se damner et les 50 dernières pages emportent tout (OOooouuuuuuu, vous comprendrez plus tard) sur leur passage.
Avec ce roman de guérilla urbaine et de science-fiction apocalyptique, Houssin réussit un retour remarqué. Espérons que Loco le sera par d’autres que nous.
Par Benjamin Berton