
Certains philosophes arrivent à produire une oeuvre à la fois brillante mais encore drôle, accessible et pleine de vie. On ne parle pas ici de Michel Onfray, dont le discours adapté aux medias de son temps dépasse rarement l'anecdotique. A l'inverse, Clément Rosset développe une pensée énergique et exigeante, qui accepte la cruauté du monde : contrairement aux pessimistes radicaux, façon Cioran ou Schopenhauer- qui maudissent le tragique et l'absurde de la vie, l'auteur du réel et son double y voit matière à nourrir la joie de vivre.

La souffrance venant de l'illusion romantique qui consiste à éternellement regretter un autre réel. Or le réel est idiot, affirme Rosset, c'est à dire simple et unique. Tout homme tend à lui susbstituer un double, un réel dans lequel l'indifférence du monde à son égard est conjurée. De même, la croyance en un moi caché mais vrai, un moi intime que masquerait un moi social - représentation truquée du sujet dont celui-ci à conscience et souffre puisque lui-même ne saurait le connaître - est également un leurre. Dans Loin de moi, Rosset étudie cette hantise de soi et du refus de la joie que véhicule cette vision. " Moins on se connaît, mieux on se porte", dit-il dans un de ces aphorismes gentiment provovateurs. C'est tout sauf idiot ou alors à la manière dont l'est le réel : unique, simple, singulier.
Clément Rosset sur France Culture. Affinités électives à 14 h, jeudi 06 juillet.A lire : Le réel et son double (Folio) et Loin de moi (Minuit).
Par Daniel De Almeida Follow @dandealmeida
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