Christophe Dufossé et le roman provincial

05/07/2006 - 15h12
Christophe Dufossé et le roman provincial
L'auteur
De Almeida Daniel
Daniel De Almeida

 

S'il est un sentiment difficile à rendre en littérature, c'est bien l'apathie. En tout cas, sans écrire justement un roman apathique. Une lecture cursive ferait d'ailleurs aisément passer Christophe Dufossé pour une caricature de romancier français : personnage autocentré, dissection clinique (qui se voudrait houellebecquienne) des états d'âme, écriture froide et sans concession - en vérité dépressive et complaisante.Sauf que non : Christophe Dufossé est un écrivain fort talentueux, et ce pour plusieurs raisons : en plus de sa capacité à exprimer des sentiments complexes, il situe la plupart de ses intrigues en Province, contrée superbement ignorée de 80 % du microcosme ou alors pour y créer paresseusement des decors interchangeables.Son premier roman, l'heure de la sortie se passait dans un collège entre Orléans et Chateauroux et c'est exactement là qu'il fallait planter une intrigue où l'horreur couve toujours à proximité sans ne jamais exposer son visage à la lumière du récit - quiconque a crevé un pneu à Chateauroux a vécu cette éprouvante impression d'un massacre imminent. Le deuxième se déroulait à Tours (brr..) et son dernier Dévotion à Lille. Lille, cette cité jeune et dynamique, entourée de banlieues moches qui rappellent au citadin ébahi que la vie urbaine est d'abord un cauchemard social.C'est là que Simon Kolveed, âme solitaire comme toujours les narrateurs de ce romancier, tente de se remettre de la perte de sa fille. Marion, qu'il n'a pas revu depuis quinze ans, depuis ce jour où dans un parc un type lui a laissé une substance gluante dans les cheveux, pendant que lui draguait gentiment une inconnue. Gluant aussi, le souvenir de cet enfant qui conduit cet homme à se retrancher dans la banlieue de la ville et de la vie, attendant que la mort ou un inconnu le libère de son sort.

Versant effectivement dans un psychologisme parfois usant, Dévotion est l'histoire de la tentative à la fois essentielle et vaine de la reconstruction d'un lien brisé : comme dans de beaux lendemains de Russel Banks ,à qui il rend hommage, ce livre décrit un monde sans issue qui perd ses enfants. Faute de les avoir compris, aimés. Belle parabole aussi du romancier qui traque la logique à l'oeuvre dans un réel qui se dérobe.Simon retrouve donc Marion quinze ans plus tard : peut-il la comprendre, peut-elle éprouver quoi que ce soit à son égard désormais ? La défection des pères, l'impossibilité de la transmission, sont-elles pardonnables ?

 

DevotionChristophe Dufossé. Editions Denoël qui ont publié ces deux autres romans, l'heure de la sortie et la diffamation.

 

Par Daniel De Almeida

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