En lisant les carnets de Chris Ware, il y a de fortes probabilités pour que vous vienne l'envie de balancer le bouquin contre le mur en criant « Mais cesse donc geindre, mollusque ! » ou quelque chose dans ce goût là.
C'est une chose de lire les histoires de ou Quimby The Mouse et voir Ware peindre des personnages parfaitement pitoyables, c'en est une autre de retrouver le même misérabilisme dans son autoportrait.
C'est que les carnets de dessins de Ware sont bourrés de croquis pas toujours intéressants, visiblement réalisés surtout quand il n'avait vraiment rien d'autre à faire, d'où une multitude de portraits d'inconnus attendant à l'aéroport, d'amis vus de dos en train de conduire et de paysages urbains probablement observés depuis un arrêt de bus. Il y a aussi des reproductions de portraits d'artistes de ragtime et une multitude banjos, entre autres.
Chris Ware n'est pas un [people rec="0"]Robert Crumb[/people] dont chaque croquis est habité par la personnalité imposante de leur auteur. Il est très compétent, observateur et juste, véritablement talentueux mais certainement pas aussi intéressant dans son trait que dans ses propos et leur leur articulation en bd. Ce qui fait l'intérêt de ces carnets (et malgré tout, il est est très grand), ce sont les petites notes à côté des dessins «
», « Je ne sais décidement pas dessiner ! », etc... ainsi que les minuscules pattes de mouches qui sont autant d'entrée pudiques d'un journal intime où l'auto dénigrement prime sur tout.
Ce qui nous retient de jeter le bouquin contre le mur, c'est de savoir que cet autoportrait est fondamentalement faux. L'indice le plus évident, c'est l'évocation régulière de la haute estime pour son propre travail... Il ne l'évoque que pour se la reprocher dans de longues diatribes sur le manque absolu de valeur de tout ce qu'il fait. C'est que Ware a trop de pudeur pour consigner les bonnes choses dans son journal. Malgré l'évocation de sentiments très personnels, il est trop pudique pour qu'au bout du compte on n'apprenne grand-chose des détails de sa vie en lisant son journal intime.
Les bons jours, Chris Ware n'ouvre probablement pas son carnet. D'ailleurs le seul moment où il se trahit, c'est quand, partit visiter son imprimeur à Honk Kong, il s'adonne à l'exercice du journal de voyage en BD. Là, sans doute parce qu'il est seul dans un pays étranger et qu'il s'ennuie, il consigne tout, bons comme mauvais moments. Il n'y apparait pas comme un joyeux luron mais après cent quatre-vingt pages de jérémiades, c'est un choc de le voir se dessiner souriant, aussi timide que soit ce sourire.
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