
C'est une mort qui n'a pas fait trop de bruit. Colette Destouches, décédée lundi 9 mai à l'âge de 91 ans, était la fille unique de louis ferdinand céline. Elle avait entrepris dans les années 90 de rédiger des Mémoires, dont Le Figaro publie des extraits.
Colette Destouches était l'enfant de Céline et de sa seconde femme, Edith Follet, une dessinatrice connue à son époque. David Alliot, auteur d'une biographie composée de témoignages, D'un Céline l'autre, l'avait rencontrée en 2001, et rapporte qu'elle disait souvent que sa vie n'avait pas "grand intérêt". Son témoignage est fascinant pourtant. Dans les quelques trente feuillets que David Alliot a fourni au Figaro, elle revient notamment sur l'époque où, alors qu'elle avait douze ans, elle voyait son père travailler à son chef d'oeuvre, .
« Je couchais souvent rue Lepic au cours de ces séjours auprès de mon père. Je dormais dans le petit lit du studio, à cette époque le Voyage était en route. Il écrivait surtout la nuit. Il s'asseyait à son bureau, dans cette même pièce, qui était notre chambre à tous deux.Seulement il allumait la lampe de son bureau une bonne partie de la nuit. J'avais le sommeil léger, il n'était pas facile de dormir. De temps en temps, il me demandait: "Tu dors, Colichon? - Oui, Papa." Je faisais mine de dormir. Il me posait la même question un peu plus tard. Je ne répondais plus mais j'avais un oeil ouvert et je le regardais. J'avais du mal à m'assoupir avec l'éclairage. Mais surtout il parlait seul et très haut, se levait, circulait en parlant encore plus fort. J'avais droit à tous les personnages qui défilaient devant moi et j'espérais qu'ils mourraient bientôt. La nuit était très longue... Maintenant, il parlait tout seul dans la journée et m'écoutait distraitement avec un gentil sourire. Je l'ai entendu aussi rire de ce qu'il venait de se dire à lui-même.»
Colette Destouches évoque aussi la réaction de son père, un jour qu'elle vint le trouver après une déception amoureuse :
« Il a essayé de me consoler: "Nous allons d'abord traiter cette émotivité délirante", dit-il. Louis argumentait vigoureusement, pensant me guérir à tout jamais du mariage. Je devais rester célibataire. L'idée que je puisse un jour me marier lui était intolérable. Je devais me mettre dans la tête que les hommes étaient tous polygames et que la nature le voulait ainsi. Il en profitait pour me raconter ses propres expériences sentimentales. Cela n'était pas fait pour me consoler. »
Ou encore les retrouvailles avec lui lors de son retour du Danemark, ou la façon dont fut accueilli par la famille. Les extraits sont donc à lire sur le site du Figaro.
Céline est mort il y a tout juste 50 ans. Privé de célébration nationale, il fait néanmoins l'objet cette année de nombreuses publications, comme la nouvelle biographie d'Henri Godard, paru aux éditions Gallimard et simplement titré Céline.
Par Céline NgiFollow @Fluctuat_livres