
Possible qu'on ait déjà mentionné ce site par le passé, mais sans doute pas pour dire la même chose, alors, comme deux fois valent mieux qu'une seule, on ne saurait trop conseiller d'aller y refaire un tour. L'interface n'est pas des plus élaborées mais le site literature-map permet en tapant le nom d'un auteur de voir instantanément la liste des auteurs proximes ou proches par l'ambiance, le style, les thèmes, l'époque, l'esprit, et qu'il est possible de lire à leur tour.
Les lecteurs, dont je suis, qui travaillent par cercles concentriques autour d'obsessions individuelles (découverte d'un livre sur un thème donné, une accroche = découverte d'un auteur = épuisement de tous les livres de cet auteur puis retour et passage à un autre auteur) apprécieront le procédé qui permet, à peu de frais (bien que d'une façon assez robotique) de sauter d'un auteur à l'autre et donc d'alimenter la machine compulsive. La typologie des parcours de lecture est presque aussi variée que les lecteurs eux-mêmes mais ne doit pas dissimuler que nous avons tous un profil opératoire bien défini qui n'est que rarement le fruit du hasard.
Presque autant que ce qu'on lit, la manière dont on vient aux livres est révélatrice de ce qu'on y cherche. Il y a les lecteurs qui musardent et picorent du livre au hasard des découvertes, ceux qui travaillent sur les quatrièmes de couvertures, selon la couleur de la jaquette, qui aiment telle ou telle maison d'édition, les lecteurs qui suivent les magazines ou qui relèvent d'un groupe ou d'une école de lecture (les blogs de filles, fluctuat, le cercle des vierges disparues, le club des lecteurs nerd, les gothiques...), ceux qui ont une démarche scientifique, une orientation exclusive, une approche par genre, ceux qui ont des tendances pantagruéliques (tout lire, tout connaître) mais aucun qui fait n'importe quoi.
De là à dire qu'on lit comme on vit, et qu'on pourrait tirer quelque chose de votre spectographie de lecteur (quels livres ?, combien ?) et inventer une science concurrente ou complémentaire de la psychanalyse, il n'y a qu'un pas qu'on ne franchira pas aujourd'hui. Les études sociologiques dont on peut lire de temps en temps les conclusions (que lisent les français ?) restent jusqu'ici à la surface des choses et sont commandées pour la plupart à des fins économiques (le rapport livre/journal, le rapport essais/romans/documents).
Quelqu'un qui voudrait s'amuser pourrait dresser une étude clinique des liens entre la personnalité et les choix de lecture qui, sans nul doute, nous apprendrait des choses. On pourrait ainsi "profiler" les lecteurs comme on "profile" des serial killers, et pourquoi pas détecter les seconds d'après les premiers, dès le plus jeune âge (ça ne vous rappelle rien?). Ambitieux ou idiot ? A vous de voir... Les étudiants en lettres pourraient en faire un beau thème de recherche à mi-chemin entre les neurosciences et la littérature.
En attendant, la carte du tendre livre fonctionne pour le meilleur (tapez william burroughs par exemple, charles bukowski ou emile zola) et pour le pire (tapez Marc Levy, tapez frédéric beigbeder et vous constaterez qu'ils sont presque les pires auteurs des orbites dont ils composent le centre). Vous constaterez ainsi, ce qu'on savait depuis longtemps, que souvent le nul cotoye le sublime, que, dans un périmètre de proximité, et autour de lignes communes, un bon écrivain peut virer au nul et un tocard au génie.
http://www.literature-map.com/