
Chez Marvel Comics, on n'a pas plus peur de causer la polémique (et de risquer une terrible explosion des ventes) que chez DC, et Captain America est leur outil à eux pour choquer l'Amérique. La dernière fois qu'on avait entendu parler de lui, rappelez-vous, c'était parce qu'il était mort. Evidemment, ça n'a pas duré, puisqu'il est revenu d'entre les morts et dirige aujourd'hui les "secret avengers", une version barbouze de l'équipe de supers héros qui s'occupe de faire le sale boulot de l'administration américaine. On apprendra peut-être dans le prochain numéro que ce sont eux qui ont tué Ben Laden mais, en attendant, on se contentera d'un épisode qui fait lourdement allusion à Julian Assange, Bradley Manning et Wikileaks.
Dans Secret Avengers 12.1, écrit par Nick Spencer et dessiné par Scott Eaton, un ancien soldat habillé en USAgent (une sorte de Captain America version extrêmiste) se procure des dossiers top secrets non pas en les copiant sur CD comme Bradley Manning mais en enfonçant des portes et en dégainant une arme (c'est plus palpitant !). Ces dossiers contiennent les noms de milliers d'informateurs des services secrets américains, et USAgent envoie la liste au Guardian, au Times (des journeaux qui ont collaboré avec Wikileaks dans notre réalité) et au Bugle (le journal où travaille Spider Man). Ceux-ci publient les infos telles quelles et mettre en danger les vies de tous ces informateurs... Encore une petite licence de l'auteur puisque Wikileaks a bien pris soin de masquer les noms dans les télégrammes publiés depuis l'an dernier et qu'à ce jour, aucune mort n'a pu être liée aux révélations d'Assange & compagnie.

Captain America, le vrai, l'unique, n'arrivera pas à empêcher le public d'accéder à ces informations mais, comme il l'a fait pour Hitler en 1940 et pour les espions communistes dans les années soixante, il va trouver
USAgent là où il se cache (en Suisse) et il lui met un bon direct en pleine machoire. Ça doit lui faire du bien.
Voici donc Captain America en 2011 : incapable d'empêcher les journaux de faire leur boulot, même s'il voudrait vraiment beaucoup le faire, mais toujours capable d'infiltrer un pays souverain et d'y déployer sa force histoire d'évacuer sa frustration. Ce n'est pas, semble-t-il, la métaphore que l'auteur voulait qu'on lise dans son comic book.
Par Cédric Le MerrerFollow @GoldfishFight