retrouver ce média sur www.ina.fr Ceux qui nous reprochent de faire dans la vidéo spectaculaire et de rechercher les images choc en auront cette fois pour leur grade : on peut trouver ici et ailleurs des vidéos qui prennent leur temps et qui font l'effet d'un (mini)shoot d'intelligence en avançant avec la vitesse d'un escargot au galop. Cette interview de louis ferdinand céline peut inspirer un bon millier de réflexions à celui qui s'amuserait à l'analyser. On pourrait penser, en ces temps de débat et d'interrogations sur le rôle du service public, combien l'époque a changé : combien faudrait-il payer aujourd'hui pour qu'une chaîne diffuse une interview ou un sujet aussi mal monté que celui-là ? Le rythme n'a rien à envier à un Derrick, la mise en scène est laborieuse et le journaliste semble avoir toute la vie devant lui, en une sorte de belle antithèse de ce qui se pratique aujourd'hui. Les 8 minutes semblent une éternité dans l'économie vidéo-littéraire de 2008. Guillaume Durand aurait déjà claqué le beignet à cet écrivain de pacotille qui parle comme s'il avait toute la vie devant lui. Que dire de la manière de raconter qui vous rappellera, peut-être, si vous avez connu ça, les longues après-midi que vous passiez chez vos arrière-grands-parents, entre le tic-tac de l'horloge ultradistrayant et le vavavoum du réfrigérateur ? Pépé le Facho est calé dans le fauteuil d'osier et vous raconte le temps d'avant, celui où on allait à pied ou à vélo, où il y avait la guerre et qu'on bouffait des nouilles. Ce qui est amusant ici, aussi, c'est qu'on sent l'ennui à plein nez dans la voix du génie. Les auteurs contemporains ont appris (ils prennent des cours parfois, c'est le cas des Musso & co) pour ne pas avoir l'air de s'emmerder, pour avoir l'air aussi frais et "dynamique" qu'un acteur américain en promotion. Céline se fait chier et parle toc. D'une certaine façon, il n'a rien à raconter. On peut se dire que c'est un truc chouette de n'avoir pas grand chose à dire et que cela se sente. Venant d'un type qui a écrit ce qu'il écrit, c'en est presque rassurant. On frémit lorsqu'il prononce quelques mots magiques : attention scandale ? "pédéraste", "androgyne". Le Youpin n'est pas là. Céline a déjà procédé au grand nettoyage post-guerre mondiale, mais, selon nos standards, nous paraît à deux doigts de la bavure, de la bourde, qui fera les belles heures du zapping du lendemain. Allez Céline, lâche toi, coco. Enfin, pas coco. Le dialogue est daté et globalement inintéressant. On n'apprend rien et c'est ce qui est bien ici. Inhumain, le gars, qui considère la machine et pas l'homme ? Travailleur, l'écrivain qui fait un long brouillon avant d'y revenir ? Quel intérêt ? Il faut accepter de ne rien apprendre parce que c'est le propre de Céline : il n'a rien appris, il n'a rien à enseigner, il n'a rien à démontrer. Ce n'est pas un théoricien. Il n'y est jamais arrivé malgré quelques tentatives de commande qui sont restées dans les mémoires (sic). Dans le jargon, c'est un "monstrateur", une sorte d'hyper-témoin qui met le doigt sur les coutures et n'hésite pas à les arracher avec ce qu'il a sous la main : les dents, les doigts, les flingues ou alors l'écriture. L'image (voilà une nouvelle idée) affiche ici sa limite première : elle montre mais elle ne parle pas contrairement aux apparences. La télévision n'a jamais dépassé le stade du muet. C'est un flux idiot et cette histoire de nouilles le dit bien. Quel rapport avec la littérature ? Approche bio-critique... pour ceux qui avaient oublié que cela avait existé. C'est une approche payante mais pas ici : un médecin inhumain. Quel pourcentage de chances d'en faire quelqu'un ? Bouffe des nouilles et tu auras une chance de devenir un écrivain. Quelle marque ? Peu importe, c'est la cuisson qui compte.