Astérix est-il nazi, résistant... ou juste Gaulois ?

23/09/2011 - 14h50
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Après la société communiste et totalitaire des Schtroumpfs, c'est au tour d'Astérix d'essuyer l'épreuve de la lecture crypto-fasciste de ses aventures. Dimanche 18 septembre, sur France Info, le philosophe Michel Serres accusait la bande dessinée créée par René Goscinny et Albert Uderzo de faire « un éloge du nazisme », fondant notamment son argumentation sur le fait que « tous, absolument tous les problèmes se résolvent toujours à coups de poing » dans l'univers du Gaulois, « comme si la force physique était une solution à tous les problèmes et à tous les maux ». Sans compter la fameuse potion magique, forme d'« éloge de la drogue », et l'écrasement régulier du barde dans lequel il faudrait voir un « mépris de la culture ». Conclusion : « Mettez ces albums entre toutes les mains, vous formerez des adeptes de la force pure, de la drogue, et des ennemis de la culture. » Mercredi, sur le site des Inrocks, le chercheur en science politique Damien Boone répondait à Michel Serres en l'accusant de nier « le style même » de la bande dessinée. Il défend pour sa part la dimension « magique » de la potion et le droit des Gaulois de bâillonner un barde qui, tout symbole de la culture qu'il est, chante quand même très faux. Damien Boone rappelle enfin qu'Astérix a été interprété comme un héros gaulliste dans les années 1960 (symbole de la résistance du général et de la Ve République naissante aux empires américain et soviétique) et de tous temps comme « une métaphore de la Résistance française face à l'occupant nazi ». « Au final, ajoute-t-il, Michel Serres relaie les poncifs les plus éculés qui délégitiment la bande dessinée en tant qu'art, car uniquement basée sur des stéréotypes négatifs. » Michel Serres qui, du reste, se revendique comme tintinophile. Nul besoin de rappeler ici qu'en 2007, en Angleterre, la Commission pour l'égalité raciale a jugé l'album porteur de « préjugés racistes abominables », au point qu'un préambule mettant les lecteurs en garde a été ajouté à l'ouvrage. Pas la peine, non plus, d'ajouter qu'Hergé avait admis dans ses Entretiens avec Numa Sadoul en 1975, avoir représenté les Noirs conformément aux préjugés de l'époque, les décrivant comme « de grands enfants ». Ni qu'à la question de savoir s'il était raciste, l'auteur répondait que « toutes les opinions sont libres... » Non, vraiment, ce serait pure polémique.

La polémique, Michel Serres ne s'attendait peut-être pas à la créer. Sur le site de France Info, une mise à jour indique que le philosophe, « après avoir lu les courriers et discuté avec Michel Polacco et Jérôme Bouvier, a décidé de préciser sa pensée et d'amoindrir son propos, du moins les termes employés. D'autant plus quand il a su quel terrible parcours avait été celui de René Goscinny et de sa famille pendant la dernière guerre mondiale face aux horreurs nazies.»

Par Thomas Stélandre
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