
Les éditeurs qui tremblent depuis longtemps face à Amazon vont maintenant blêmir. Le site vient en effet de signer son premier contrat en tant qu'éditeur avec un auteur de best-sellers issu des circuits traditionnels. L'auteur en question, Timothy Ferriss, a déjà publié deux guides de développement personnel chez Crown (groupe Random House), The 4-Hour Body et The 4-Hour Workweek, qui ont figuré longtemps dans la liste des meilleures ventes du New York Times. Pour son nouvel ouvrage, The 4-Hour Chef, le gourou a cette fois choisi Amazon.
Une décision qu'il présente comme une évidence : "Mes lecteurs se tournent irréversiblement vers le numérique. Cela avait donc du sens d'essayer de travailler avec Amazon, pour redéfinir ce qu'il est possible de faire", a-t-il expliqué dans un communiqué, avant d'ajouter qu'il s'agit aussi "d'offrir une belle expérience à (ses) lecteurs, qui passent toujours en priorité". Une publicité parfaite pour Amazon, qui en embauchant récemment Larry Kirshbaum (ex patron du groupe Time-Warner Book et agent littéraire) pour diriger son pôle d'édition, a déjà clairement affiché sa volonté de s'imposer dans ce domaine.
Prévu pour la rentrée sous différents formats (papier, numérique, audio), The 4-Hour Chef est un livre de cuisine conforme à la méthode de Ferriss, qui propose aux lecteurs de changer un maximum de choses dans leur vie en fournissant un minimum d'effort. Succès assuré. L'opération s'annonce donc idéale pour Kirshbaum, qui sans vouloir trop s'avancer sur les conditions de lancement du livre, affirme aussi, comme pour prévenir l'inquiétude des autres éditeurs : "Notre succès ne pourra qu"aider le reste de l'édition". Difficile à croire de la part du géant qui élargit sans cesse l'étendue de ses activités (libraire, plateforme d'auto-édition, éditeur) et empiète davantage sur celles des autres plutôt qu'il ne les complète. Victoria Barnsley, directrice d'HarperCollins UK, a ainsi confié à la BBC : "Ils ont énormément de moyens et ils sont désormais de puissants concurrents". Par ailleurs, le New York Times indique également que des libraires indépendants ont déjà exprimé leur refus de diffuser le moindre livre publié par Amazon, qu'ils tiennent directement responsable de la baisse de leurs chiffres.
Ainsi Amazon, qui contrôle déjà une grosse part du marché des ventes en ligne et celui du livre numérique, est-il en train de s'imposer peu à peu sur toute la chaîne du livre, de l'édition à la diffusion. Jeff Belle, vice-président d'Amazon Publishing, prétend d'ailleurs que les auteurs se tournent de plus en plus souvent vers Amazon, soit pour faire publier un livre, soit pour apprendre simplement comment accroître leurs ventes... Jean-Marc Roberts, directeur des éditions Stock qui préconisait hier sur Europe 1 de bannir la vente de livres sur Internet, ne sera pas le seul à avoir des sueurs froides.
Par Céline NgiFollow @Fluctuat_livres