Ahmed Chawqi : La Fontaine éqyptien ?

04/09/2008 - 15h09
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Ahmed Chawqi : La Fontaine éqyptien ?

 

Je poursuis avec mes faibles moyens mon exploration de la poésie arabe et la chose n'est pas simple. Beaucoup me disent que les poésies traduites ne valent rien et que toute approche d'une poésie sans maîtrise de la langue originelle n'a aucun sens. Je veux croire que cette objection qui revient étrangement beaucoup plus dans la langue des "natifs" arabes que lorsqu'on s'attaque à la poésie chinoise, à la poésie russe ou à la poésie anglaise, n'a pas de sens. Une traduction est une traduction qui, si elle est bien faite, doit à défaut de renvoyer le sens exact de l'original, en suggérer l'impact et en trouver la correspondance dans la langue d'accueil.

 

Parmi mes découvertes récentes, la poésie de l'Egyptien, Ahmed Chawqi, constitue peut-être une exception à la règle, tant elle semble (traduite) calée sur les standards européens, tout en revendiquant une arabité forte et une identité qui en fait l'un des poètes les plus respectés du monde arabe.

 

 

 

Ahmed Chawqi est né en 1868 au Caire, mort en 1932. Il a composé pour le théâtre (on dit de lui qu'il est le premier à avoir écrit du théâtre poétique arabe), des romans qui sont jugés passables par les critiques (je n'en ai pas trouvé aucune traduction) et surtout des poèmes à foison. Sa vie est assez intéressante pour celle d'un poète de cette époque. Né dans une bonne famille (des origines turques, kurdes et grecques), Ahmed Chawqi est introduit très tôt à la cour du khédive d'Egypte. Il put à ce titre voyager et effectuer une partie de ses études en France, où, au lieu de lire ce qui s'écrivait alors en matière de poésie, il se gorgea des classiques : Molière, Racine et surtout jean de la fontaine dont il allait par la suite reprendre les formes élancées dans son recueil de fables (et poésies) appelé Ach-Chawqiyyat, et dont on peut trouver la traduction dans quelques bibliothèques.

 

 

 

Chawqi bouffe du classique et repart courtiser dans son pays vers le début des années 1890. Il gagne sa place dans la vie culturelle du Caïre jusqu'à l'aube de la Première Guerre Mondiale où il est exilé par les Anglais en Andalousie. Pendant cette période, il compose des poésies nostalgiques qui rappellent avant l'heure les vers de feu Mahmoud Darwich, dont on parlait il y a peu (ici).

 

Après 5 ou 6 ans d'exil, où il en profite pour étudier l'histoire d'Al-Andalus et plancher sur une histoire de l'Islam et de ses "hommes valeureux", le poète rentre chez lui où il pratiquera une poésie plus populaire mais plus difficile appréhendée ici puisque tournée ouvertement vers la religion et l'adoration du Prophète. Le poème ci-dessous écrit pendant cette dernière période n'en garde pas moins une vraie et belle fraîcheur. La traduction est sans doute excellente et donne à apprécier le caractère extrêmement moderne de l'écriture d'Ahmed Chawqi, la manière à la fois simplissime et juste selon laquelle se déploient ses vers. Son rapport au temps (n'en déplaise à certains qui verraient les "Africains" enfermés dans une boucle sans fin !) est identique à ce qu'on rencontre chez les poètes occidentaux.

 

 

 

LA MONTRE

 

J'ai une montre en métal,telle que nul n'en possède ;/ elle se presse et languit,comme un coeur persévérant./ Ses aiguilles et le tempssont en conflit permanent. / Elle marche et moi, je traîne ;peu me chaut qu'elle s'arrête./ Je la vois, sans m'irriter,avancer puis retarder.

 

Mais je la porte puisqu'elleme trompe ainsi sur le temps.

 

 

 

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